Séminaire de l’IAO : Christine Mengin

Christine Mengin est professeure émérite d’histoire de l’architecture de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

Résumé : Métropole majeure, Tianjin est cependant largement ignorée par la recherche occidentale, en dépit de son importance dans l’histoire de la Chine moderne. Port de Pékin et centre économique prospère, elle a dû accueillir neuf concessions occidentales, et est devenue sous l’impulsion des élites impériales puis républicaines une ville pionnière de la modernisation chinoise, centrale pour comprendre le rapport de la Chine à l’Occident. Publié en deux versions, française et chinoise, l’ouvrage présenté réunit à parts égales des contributions de chercheurs de Tianjin et de chercheurs occidentaux, croisant les approches académiques respectives sur un même objet historique – cette histoire architecturale et urbaine singulière.

Séminaire DISTAM : L’apport des Humanités numériques à la recherche historique : SIG et Web sémantique en Centre Vietnam

La présentation porte sur la région du Centre Vietnam, avec la problématique de l’analyse du changement du paysage sur le temps long. Grâce à la plateforme Oronce Fine, basée sur l’outil Omeka S, nous décrirons comment il est possible d’enrichir par des annotations graphiques et sémantiques des données de recherche (cartes anciennes, d’orthophotographie aérienne, photographies de terrain…). Nous montrerons comment, grâce aux annotations, nous avons pu enrichir les données représentées par un réseau de documents, naviguer dans le corpus d’une manière nouvelle, mais aussi mettre en place une méthodologie pour commencer à analyser plus finement les enjeux historiques liés au changement du paysage sur le temps long.

Séminaire de l’IAO : Coraline Jortay

Coraline Jortay est chercheuse au CNRS, historienne des politiques linguistiques en Chine au 20e siècle

Résumé : Comment envisager la construction linguistique nationale en Chine républicaine (1912-1949) au regard de la diversité des voix qui prennent part à ces réformes ? En retraçant la venue d’une délégation d’institutrices féministes de Tianjin au congrès annuel de l’Association nationale pour le progrès de l’éducation, organisé à Nankin en juillet 1924, cette conférence interroge la manière dont la militance féministe investit le champ de l’unification et de l’enseignement de la langue, notamment à travers une réflexion sur les rapports entre féminisme et patronymie, réformes grammaticales et orthographiques et alphabétisation de la population.

6e Rencontre IAO / IrAsia : Le genre en Asie

Programme

14:00-14:15 : Kanae Sarugasawa, présentation de l’axe Genre en Asie

14:15-14:45 : Pauline Cherrier, « L’accompagnement à la naissance en terre étrangère : une amorce de terrain auprès des doulas brésiliennes au Japon »
14:45-15:00 : discussion

15:00-15:15 : pause

15:15-15:45 : Li Siyu, « Concourir comme un homme ? La carrière des femmes qui ont réussi les premiers Gaokao après la Révolution Culturelle »
15:45-16:00 : discussion

16:00-16:30 : Cao Vy, « Genre et sociabilités dans les espaces publics à Hô Chi Minh-ville (Vietnam) » : Rapport d’étude pour le diplôme de Sciences Po Rennes et perspectives nouvelles de recherche
16:30-16:45 : discussion 

Biographies  des intervenant·e·s :

Kanae Sarugasawa est enseignante-chercheuse à l’IrAsia (CNRS/AMU) et chercheuse associée à l’IFRAE (CNRS/Inalco/Université de Paris Cité). Ses recherches portent sur le stigmate, l’agentivité et la mobilisation des populations marginales dans le Japon contemporain, notamment des mères célibataires (thèse doctorale) et des travailleur·se·s du sexe (recherches actuelles). 

Pauline Cherrier est MCF en études japonaises à l’université d’Aix Marseille actuellement en délégation CNRS au laboratoire IrAsia. Ses recherches portent sur la politique migratoire dans le Japon contemporain, la diaspora japonaise dans les Amériques (et en particulier au Brésil), le métissage et plus généralement la place des minorités dans le Japon contemporain. 

Li Siyu, sociologue et historienne de formation. Maître de conférence à l’Université Aix-Marseille et membre de l’Irasia. Ses recherches se concentrent sur le processus social de la quantification et, en particulier, le rôle de l’évaluation chiffrée dans la légitimation des élites. Par le passé, elle a étudié le concours national d’entrée aux universités en Chine, mobilisant la sociologie de la quantification, de l’éducation et l’anthropologie économique. Elle explore actuellement la transmission et les bouleversements du statut d’élite pendant et après la Révolution Culturelle chez les élites féminines.

Cao Vy est doctorant en histoire et littérature à l’IRASIA. Ses recherches doctorales portent sur l’histoire du livre imprimé en vietnamien romanisé et les effets du développement de l’imprimerie sur les populations vietnamiennes de la Cochinchine. Vy est également chercheur associé à la Bibliothèque nationale de France (2022-2024) et membre du Bureau des jeunes chercheur.e.s du GIS Asie (2021-2023).

Séminaire de l’IAO : Sébastien Lechevalier

Sébastien Lechevalier est directeur d’études à l’EHESS et président de la Fondation France-Japon. Ses recherches portent sur plusieurs dimensions de l’économie japonaise, des inégalités à l’innovation.

Résumé : Au Japon, alors que le niveau réel des inégalités de revenus est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible. Cela provient principalement d’une forte croyance en l’égalité d’opportunités, même si celle-ci a sensiblement baissé parmi les jeunes. Cela explique pourquoi la demande pour la redistribution est plus faible au Japon qu’ailleurs. Dans ce contexte, Fumio Kishida a été élu Premier ministre en septembre 2021 sur la base d’un programme promouvant un « nouveau capitalisme », censé réconcilier efficience et équité. C’est reconnaître l’importance d’un retour à la cohésion sociale qui faisait autrefois la force de l’économie japonaise. L’objectif de cette présentation est de comprendre les raisons du faible soutien de la population japonaise à la redistribution par le gouvernement et les implications pour le succès du programme de nouveau capitalisme.

Références:

Why do Redistributive Policies Differ across Countries? Analyzing the Multiple Dimensions of Preferences for Redistribution

Au Japon, « alors que le niveau des inégalités de revenus y est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible »

改革へ社会的一体性、再生を 「新しい資本主義」の課題

Séminaire de l’IAO : Nicolas Sihlé

« Le rituel collectif et ses collectivités : contribution à une anthropologie du rituel à partir du cas des tantristes du nord-est tibétain » Nicolas Sihlé,

Nicolas Sihlé, Centre d’études sud-asiatiques et himalayennes (CNRS), spécialiste du Tibet et de l’anthropologie du bouddhisme

Résumé : Les villages du district de Repkong, en Amdo (nord-est tibétain), forment un tissu social complexe, organisé en douze subdivisions et marqué par des conflits de voisinage de nature territoriale. Ces villages comportent une forte présence démographique de tantristes (ngakpa), religieux bouddhistes non monastiques spécialisés dans de puissants rituels tantriques. Ces religieux maîtres de maison se réunissent dans des temples à l’occasion de rituels collectifs annuels. De l’échelle locale, villageoise, à celle du district entier, se tiennent ainsi des rassemblements rituels, regroupant des centaines de tantristes pour les plus grands et rendus possibles notamment par le soutien matériel des diverses communautés villageoises concernées. Certains grands rassemblements sont associés à des collectivités de tantristes supra-locales dotées d’un nom, dont la plus grande et inclusive (à la définition disputée) est célèbre à travers l’Amdo. Cette situation appelle une analyse des rapports entre rituels collectifs et les collectivités associées qui prolonge les travaux antérieurs qui ont commencé à compliquer le lien entre rituel et collectivité dans la tradition d’analyse durkheimienne.

Séminaire de l’IAO : Florence Galmiche

Florence Galmiche, Exhumations des dépouilles de travailleurs forcés et engagements pour la paix entre Corée(s) et Japon

Florence Galmiche, maitresse de conférences à l’Université Paris Cité, membre de l’UMR « Chine, Corée, Japon » (CNRS, EHESS, UPCité), membre junior de l’IUF.

Résumé : Cette présentation s’intéresse aux pratiques contemporaines qui visent à honorer et apaiser les victimes du travail forcé imposé par le Japon colonial des années 1930 à 1945.  Elle est basée sur des enquêtes ethnographiques menées auprès d’une association coréano-japonaise qui exhume et rapatrie les dépouilles de travailleurs forcés (en particulier coréens) disséminées dans l’ancien empire colonial. Les activités de ces militants auto-désignés « grassrots », engagés pour la paix en Asie orientale, s’appuient sur la matérialité de ces morts – notamment la dimension saisissante des ossements – mais parfois aussi s’en affranchissent en les atteignant par d’autres mediums, notamment leurs noms et prénoms ou leurs tablettes ancestrales. À partir des activités de cette association, cette présentation examine les relations que ces militants établissent avec des morts qui leur sont en partie inconnus, ainsi que les projets à dimension politique et éthique qu’ils établissent à partir de ces relations. 

Séminaire de l’IAO : Simon Ebersolt

Simon Ebersolt, enseignant contractuel à l’Inalco, chercheur associé et co-responsable du Groupe d’étude de philosophie japonaise à l’IFRAE

Résumé : En réaction à l’individualisme universaliste de l’ère Taishô (1912-1926), selon lequel un individu isolé se connecte directement à un universel donné grâce à la culture de soi (kyôyôshugi 教養主義), des écrivains, intellectuels et philosophes ont tenté de redéfinir le commun dans un contexte de montée de courants politiques posant une collectivité sans individu ni universel, notamment le marxisme (la classe sociale) et le nationalisme (le peuple japonais). Les philosophes de l’école de Kyôto se sont notamment distingués par leurs tentatives de trouver une troisième voie articulant individu, nation et monde. Ces redéfinitions ont évolué selon le dialogue critique mené avec les pensées européennes ainsi que les contextes national et international, des appels à la « communauté est-asiatique » en temps de guerre au pacifisme d’après-guerre se réclamant de la nation démocratique.