Caroline GRILLOT

Chercheur associée à l'IAO
Courriel : carolinegrillot[at]hotmail.com

Diplômée en sinologie (INALCO) et en ethnologie (Paris X-Nanterre), j’ai obtenu un doctorat en anthropologie sociale à l’Université Macquarie en Australie (en co-tutelle avec l’Université Libre d’Amsterdam). Au cours des vingt dernières années, mes recherches se sont concentrées autour de problématiques concernant les marginalités sociales chinoises : la folklorisation de groupes ethniques du Guizhou et du Xinjiang, la communauté musicale underground, les communautés mixtes de commerçants sur les frontières du sud-ouest chinois. J’ai également travaillé en tant que chercheur indépendant au Cambodge en me concentrant sur ​​les questions sociales telles que la traite des femmes et la pédophilie.

Cette préoccupation pour les populations d’Asie vivant en marge de leur société m’a conduite à mettre l’accent sur les espaces géographiquement et socialement liminaires. J’ai effectué des recherches sur les mariages transfrontaliers sino-vietnamiens (2006-2013) dont près d’un an de travail de terrain parmi les communautés frontalières chinoises et vietnamiennes vivant le long des provinces du Yunnan et Guangxi (Chine) et de Lào Cai et Quảng Ninh (Vietnam). Ce travail a d’abord donné lieu à la publication d’un ouvrage (Volées, Envolées, Convolées, les fiancées vietnamiennes en Chine, Connaissances et Savoirs, 2010) puis a constitué le sujet de ma thèse de doctorat.

Ensuite, dans le cadre d’un premier contrat post-doctoral au Max Planck Institute for Social Anthropology, j’ai exploré plus avant la vie socio-économique de cette région en marge en m’intéressant aux pratiques commerciales des commerçants chinois engagés dans le commerce transfrontalier avec le Vietnam dans les villes de Móng Cái (Quảng Ninh, Vietnam) et Dongxing (Guangxi, Chine).

En 2016 et 2017, j’ai travaillé en binôme avec ma collègue Elena Barabantseva (University of Manchester) à la réalisation du projet « La Migration pour mariage le long des frontières de la Chine » notamment au sein des communautés sino-russe et sino-vietnamienne. En replaçant le phénomène dans un contexte historique et géopolitique, il vise à comprendre la dynamique changeante de ces migrations ainsi que des discours et les pratiques matrimoniales plus larges s’y rapportant. Dans ce cadre, j’ai mis à jour mes recherches sur les couples sino-vietnamiens en m’intéressant à une jeune génération de migrantes vietnamiennes fondant leur famille dans les régions rurales intérieures de la Chine (Jiangxi, Hunan).

Depuis 2017, grâce au soutien initial de l’École Française d’Extrême-Orient, je conduis des recherches sur les pratiques et valeurs des apiculteurs transhumants, frange méconnue de la société rurale chinoise. Un premier travail de terrain a été mené en été 2017 dans les provinces du nord-est chinois et j’ai intégré le réseau multidisciplinaire « Abeilles et Sociétés » (INRA). Trois publications sont actuellement en cours.

Enfin, je viens d’achever avec l’historienne Nelcya Delanoë (Poussières d’Empires, PUF, 2002) la rédaction d’un ouvrage consacré à la génération des enfants de soldats marocains recrutés dans le Corps expéditionnaire français d’Extrême Orient et qui désertèrent pour rallier le Viêt Minh. Cet essai est basé en partie sur une rencontre dans le cadre de mon travail ethnographique à la frontière sino-vietnamienne. Parallèlement à mes activités de recherche, j’enseigne le chinois mandarin.

Domaines disciplinaires

Ethnologie

Spécialité

Chine et Vietnam

Projets de recherche

Les apiculteurs transhumants de Chine

Entre sédentarité et nomadisme, entre société rurale et monde animal, les apicuteurs transhumants de Chine vivent hors des villes, riches de leur savoir et pauvres en possession, pratiquent une activité pastorale de survivance, vitale au monde agricole. À partir d’études de terrain multi-situées sur une grande partie du territoire chinois, il s’agit d’explorer chaque aspect de la vie de ces apiculteurs transhumants : leur mode de vie, leurs croyances, les valeurs qu’ils nourrissent, leur rapport à leur environnement naturel, leur mode de sociabilité, leur participation à l’économie globale, leur statut social et leurs dilemmes.

Tout en palliant la rareté des sources scientifiques actuelles sur un corps de métier qui, de manière plus générale, souffre des politiques agricoles, des difficultés de transmission des savoirs traditionnels et des bouleversements environnementaux, ce projet est surtout pertinent et prometteur pour l’analyse des métamorphoses de la Chine rurale : les apiculteurs transhumants offrent des perspectives sur l’exploration des frontières sociales, essentiellement déterminées par le degré d’accès aux richesses. Car dans un pays où, aujourd’hui, l’indigence mène à l’invisibilité, ce groupe presque suspect par son mode de vie à contre-courant soulève, de par les nouvelles modalités de production apicole, des questionnements sur les conséquences de la mise en œuvre de certains modèles de développement dans tous les secteurs de la vie chinoise.

Publications récentes

2019    (avec Elena Barabantseva) « Navigating regulations and representations of marriage migration from Russia and Vietnam to the People’s Republic of China », Journal of Asian Studies 78 (2), p. 285-308.

2018    (avec Elena Barabantseva) « Le statut de ‘visiteuses de famille’ : mythes et réalités sur les épouses russes et vietnamiennes en Chine », Cahiers du Genre 64 (dossier thématique ‘Migrations par le mariage et intimités transnationales), p. 105-127.

2018    « ‘L’aimez-vous ? –C’est-à-dire, il me traite bien…’. Le voisin chinois ou l’incarnation d’un idéal conjugal », in Catherine Capdeville-Zeng et Delphine Ortis (sous la dir.), Les Institutions de l’amour : cour, amour, mariage. Enquêtes anthropologiques en Asie et dans l’Océan Indien, Paris, INALCO Presses.

2018    « ‘Back home, it would have been worse anyway…’. Vietnamese wives’ perspectives on their arranged mariage with Chinese men », in Laura Brace and Julia O’Connell Davidson (eds.), Revisiting Slavery and AntiSlavery: Towards A Critical Analysis, Laura Brace and Julia O’Connell Davidson (eds.), London, Palgrave Macmillan.

2018    « Arbitrage over the Beilun/Kalong River : Chinese Adjustments to Border Trade Practices in Vietnam », in Kirsten Endres and Ann Marie Leshkowich (eds.), Traders in motion : Identities and Contestations in the Vietnamese Marketplace, Ithaca and London, Cornell University Press, p. 185-199.

2018    « The “leech plot.” Discourses on alleged deception strategies among Sino-Vietnamese cross-border traders », in Alexander Hortsmann, Martin Saxer and Alessandro Rippa (eds.), The Routledge Handbook of Asian Borderlands, Oxford, Routledge, p. 304-314.

2018    « It’s all about relations: re-conceptualizing trade and the economy in the borderlands : Introduction », in Alexander Hortsmann, Martin Saxer and Alessandro Rippa (eds.), The Routledge Handbook of Asian Borderlands, Oxford, Routledge, p. 291-293.

2017    « Differences in Perceptions of Business Ethics between Chinese and Vietnamese Trading Partners », in Kirsten Endres and Chris Hann (eds.), Socialism with Neoliberal Characteristics, Halle/Saale, Max Planck Institute for Social Anthropology, p. 105-110.

2016    (avec Zhang Juan) « Ambivalent Encounters. Business and the Sex markets at the China-Vietnam Borderland», in Pál Nyíri and Danielle Tan (eds), How Chinese Engagements are Changing Southeast Asia. People, Money, Ideas, and their Effects, Seattle, University of Washington Press, p. 97-115.

2016    « Lives in Limbo : Unsuccessful marriages in Sino-Vietnamese borderlands » in Sari K. Ishii (ed.), Marriage Migration in Asia: Emerging Minorities at the Frontiers of Nation-States, Singapour, National University of Singapore Press et Kyoto, Kyoto University Press, p. 153-174.

Activités récentes (Conférences et colloques internationaux, séminaires de recherche)

2019    « Born Across State Borders : Uncertain citizenship of Chinese-foreign children in China » (avec Elena Barabantseva et Michaela Pelican), Marriage Migration, Family and Citizenship in Asia, Singapour, National University of Singapore, ARI, 31 janvier-1er février & University of Manchester, 25-26 avril.

2019    « Liberté conditionnelle. Conditions de travail des apiculteurs transhumants chinois », poster scientifique, Sociétés d’abeilles, sociétés humaines, une interdépendance de la préhistoire au futur Paris, CNRS, 24-25 janvier.

2018    « Les Usages du temps chez les apiculteurs transhumants chinois. ‘Time is honey’ », Paris, Musée de l’Homme (Institut National de la Recherche Agronomique), ‘2ème Journée d’études Réseau Abeilles et Sociétés’, 14 novembre.

2018   « Les Pratiques des apiculteurs transhumants chinois : entre déontologie et pression économique », Nanterre, Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie René-Ginouvès, Université Paris-Ouest, Atelier Chine, 1er juin.

2017    « Chinese beekeepers : an outlook on sedentary nomads’ practices », Zurich, Département d’ethnologie, Université de Zurich, Colloquium, 3 octobre.

2017    « L’Apiculture transhumante en Chine : le savoir traditionnel face à l’exportation et au marché mondial », Strasbourg, Université de Strasbourg, Département d’ethnologie, Séminaire Ethnologie et Archéologie ‘La mondialisation d’hier et d’aujourd’hui. Approches anthropologique, archéologique et paléontologique’, 13 avril.

2017    « Ethnographies des itinérants et non-existants. L’exemple des migrantes pour mariages vietnamiennes en Chine », Les Assises de l’Anthropologie de la Chine en France, Paris, INALCO, 6-8 septembre.

2017    « Marrying a Smartphone : reflections on Vietnamese migrant social life in rural China », 6e Congrès Asie, Paris, Sciences Po, 26-28 juin.

Langues étrangères pratiquées

anglais, chinois (+notions de vietnamien et de japonais)