Séminaire « Arts (Cinéma), Anthropocène, Asie »

23 janvier 2020 par Admin IAO
En partenariat entre l'École Urbaine de Lyon (Michel Lussault, Alfonso Pinto) et l'Institut d'Asie Orientale (Elise Domenach)

Ce séminaire a pour objectif de sérier les problématiques liées aux (re)présentations artistiques polarisées autour du cinéma comme "art  majeur" de l'Anthropocène, et aux ressources imaginaires qu'artistes et chercheurs mettent en jeu pour penser nos interactions présentes et à venir avec la nature. Au carrefour des formes de récit, d'images, de gestes, de poésie articulées dans les films, et de nos modes de vies analysés par les sciences humaines et sociales, ce séminaire concernera le domaine est-asiatique où l'Anthropocène s'impose avec une acuité particulière : phénomènes météorologiques ravageurs (tremblements de terre, tsunami, typhons), pollutions et détériorations du milieu naturel, ravages industriels, catastrophes nucléaires - au Japon, aux Philippines et en Chine, à Taïwan, et plus largement dans toute l'Asie orientale.

La prochaine séance du séminaire aura lieu le mercredi 12 février 2020, Michale Boganim - « La Terre Outragée (2011) : une fiction sur Tchernobyl à l'ère de Fukushima »
Séminaire « Arts (Cinéma), Anthropocène, Asie »

OU ET QUAND ?

Salle de séminaire de l’IAO, École Normale Supérieure de Lyon (15 Parvis René Descartes 69007 Lyon)

Un mercredi par mois, 13h30-15h30

Mercredi 13 novembre 2019
Séance introductive (E. Domenach, M. Lussault, A. Pinto) / Jérémy Cheval – « Arts et espaces urbains anthropocènes à Shanghai »

Les productions artistiques à Shanghai, en lien avec les bouleversements urbains, tels que les démolitions et les constructions de ces trente dernières années, révèlent bien souvent ce que l’on nomme aujourd’hui l’anthropocène. Afin de préciser ce phénomène, nous aborderons l’hypothèse que l’immersion de l’art dans des espaces urbains anthropocènes, comme un lilong en démolition, conduit à envisager l’espace urbain comme source d’inspiration, matériau de production, support d’intervention et de médiation différemment.

Jérémy Cheval est chercheur et coordinateur du pôle formation, à l’École Urbaine de Lyon. Il a étudié l’architecture à Montpellier, en Irlande et en Chine. Il a travaillé à Shanghai dans des agences d’architecture et d’urbanisme où il a vécu une dizaine d’années. Parallèlement, il a enseigné au College of Architecture and Urban Planning de Tongji où il a obtenu un doctorat en architecture sur les shikumen lilong en cotutelle avec l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville. Ses recherches portent sur les processus de transformations (destructions/constructions), sociales et spatiales, de l’architecture et des espaces urbains en Chine.

Mercredi 4 décembre 2019
Ricardo Matos Cabo – « Tsuchimoto, filming industrial pollution in Japan. Minamata and beyond »

This seminar will focus on the work of Japanese documentary filmmaker Tsuchimoto Noriaki (1928-2008). Starting in the early 1970s and for the following decades, Tsuchimoto committed himself to making visible the terrible consequences of industrial pollution in the life of small seaside fishing communities in Japan, joining his voice to that of other artists and activists, directing films and organising screenings to advocate for the victims’ rights. His careful approach and commitment to filmmaking and advocacy have turned his work into an example of what a political and eco-critical cinema could be. Tsuchimoto developed his very personal way of filmmaking based on protracted engagement with the communities he worked with, making films based on mutual trust and empathy. The seminar will include excerpts of films by Tsuchimoto, readings from his own writings, recent critical approaches to his work and will also explore other visual and literary sources published on the subject of the Minamata disaster.

Ricardo Matos Cabo is an independent film programmer and researcher. Since 1999 he has programmed and organised screenings at various festivals and institutions. Among others he has organised retrospectives of the work of Peter and Zsóka Nestler, Raymonde Carasco and Régis Hébraud, Ogawa Shinsuke and Ogawa Pro, Tsuchimoto Noriaki. In 2007/2008 he organised the North-American touring retrospective of the films of Portuguese filmmaker Pedro Costa and published a monograph about his films, « Cem Mil Cigarros » (Ed. Orfeu Negro, 2009).
Programmateur indépendant basé à Londres, Ricardo Matos Cabo organise depuis plus de dix ans des programmations pour plusieurs festivals et institutions (Cinéma du Réel, Courtisane, Institute of Contemporary Arts). Il a ainsi organisé des rétrospectives d’œuvres exigeantes, politiques et souvent mal connues en dehors des scènes nationales (Ogawa Pro, Peter and Zsóka Nestler, Tsuchimoto Noriaki, parmi d’autres).

Mercredi 12 février 2020
Michale Boganim – « La Terre Outragée (2011) : une fiction sur Tchernobyl à l’ère de Fukushima »

Nous présenterons et commenterons des extraits de notre film, La Terre Outragée, qui est sorti en salles l’année de la catastrophe de Fukushima, en 2011, et évoquerons la réception du film au Japon où il a été projeté dans de nombreux contextes. Nous présenterons les jalons de notre réflexion sur les imaginaires en échos de Tchernobyl et de Fukushima, évoquerons les questions de mise en scène posées par la représentation d’un danger invisible. La catastrophe nucléaire étant un danger qui s’étend dans le temps sur plusieurs milliers d’années, nous évoquerons comment ce phénomène a influencé l’écriture du scenario. La Terre outragée évoquant la catastrophe, mais aussi l’après catastrophe ; ce que Paul Virilio a appelé « une catastrophe en devenir ».

Réalisatrice, née en Israël, diplômée de la National Film School de Londres, Michale Boganim a réalisé le film de fiction La Terre outragée en 2011 (avec Olga Kurylenko), le documentaire Odessa Odessa en 2005.

Mercredi 11 mars 2020
Mélanie Pavy – « Une archéologie imaginaire de la future ville d’Omega »

À l’origine de mon travail, il y a la découverte d’un projet réel : la future construction d’une ville japonaise dans le sud de l’Inde. Parallèlement, il y a celle d’une hypothèse : cette ville pourrait constituer un refuge pour l’élite japonaise en cas de nouvelle catastrophe nucléaire. Il y a ensuite une double interrogation : quel état du monde permet la projection d’un tel « refuge » ? Et quels types de devenirs propose-t-il d’anticiper en retour? Entre Nouveau Monde et Arche de Noé, la ville, providentiellement baptisée Omega (la dernière), convoque les images des grands récits de fondation et de déclin de nos civilisations urbaines, tout en bouleversant certains de leurs paradigmes essentiels. A travers une proposition protéiforme (textes, films et installations), entre Inde et Japon, fabulations et nostalgies, mon travail tente de donner corps à la ville d’Omega et interroge dans le même temps la capacité du cinéma à penser et à mettre en récit la perte du monde.

Cinéaste et chercheure, Mélanie Pavy réalise en 2014 son premier long-métrage, Cendres (en co-réalisation avec Idrissa Guiro), sorti en salle en 2015, pour lequel elle sera pensionnaire de la Villa Kujoyama à Kyoto durant 7 mois. Elle développe actuellement une thèse pratique en cinéma, au sein de la FEMIS et de l’École Normale Supérieure de Paris, dans le cadre du doctorat SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche) de l’université Paris Sciences et Lettres. Les premières réalisations de ce projet (vidéos et installations) ont été montrées dans le cadre d’expositions collectives au BAL, à la Galerie des filles du Calvaire, au Centre d’Art Contemporain de Montreuil, à la Biennale de Mechelen en Belgique et nominées pour le Prix du BAL 2017 et pour le Prix COAL 2019. Depuis trois ans, elle collabore également au collectif Call It Anything (F93) qui associe scientifiques et artistes autour de la vie après la triple catastrophe de 2011 au Japon. A travers des textes, films et installations, Mélanie Pavy interroge notre capacité à penser et à mettre en récit la perte du monde.

Mercredi 8 avril 2020
Keiko Courdy – « Fukushima, L’île invisible »

Les vagues se brisent éternellement sur le rivage de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. À proximité d’une installation pour incinérer les déchets radioactifs, des enfants jouent au sol et des sacs noirs de terre contaminée s’accumulent… »

Nous regarderons en avant-première des extraits de mon nouveau documentaire indépendant L’Île Invisible sur la zone la plus proche de la centrale. Année après année, j’ai développé une relation de confiance avec les populations locales et les ouvriers nucléaires, et mon regard et la manière de filmer la vie dansce monde parallèle se sont petit à petit modifiés. Dans les crises nucléaires, la résilience est liée à des facteurs inconnus et incontrôlable, le temps de la nature pour se nettoyer et le temps des hommes pour guérir leurs blessures et avancer. La nature, la centrale, les hommes, tous font partie d’un même système, un espace contaminé qui fait comme s’il ne l’était pas, un espace organique vivant, en transformation
permanente.

Keïko Courdy est une réalisatrice et artiste multimédia française. Elle écrit et réalise des films, performances et installations entre la France et le Japon. Bouleversée par la catastrophe de Fukushima, elle est partie immédiatement au Japon avec sa caméra et filme depuis dans la région. Entre 2011 et 2013, elle a réalisé un webdocumentaire « Yonaoshi 3.11 » et un premier documentaire long-métrage AU-DELÀ DU NUAGE. L’ÎLE INVISIBLE est son second long-métrage sur le sujet. Docteur de l’Université de Tokyo, elle a passé plusieurs années de sa vie au Japon, où elle a enseigné les performances interactives à l’Université d’Art et de Design de Kyoto.

Mercredi 10 juin 2020
Clélia Zernik – « Nouveau bestiaire de l’art contemporain japonais »

Sans être une particularité ni du Japon, ni de notre époque, les animaux présents dans l’art contemporain japonais disent quelque chose d’un contexte socio-culturel précis. Des Rats-Pikachu, aux chauves-souris aveugles, en passant par des chats olympiques et des fourmis subversives, le nouveau bestiaire japonais se construit au croisement des arts populaires et de la tradition picturale, mêlant critique sociétale, questionnements sur le futur et enjeux environnementaux. En suivant le fil directeur de la représentation animale, nous verrons comment la société japonaise envisage les enjeux urbains et environnementaux d’aujourd’hui, plus particulièrement dans un contexte post- 11 mars 2011.

Normalienne, agrégée et docteur en esthétique, Clélia Zernik est professeur de philosophie de l’art aux Beaux-Arts de Paris depuis 2011. Ses premières recherches portent sur la relation entre art et sciences, telle qu’elle est élaborée par les psychologues de l’art et par les phénoménologues (cf. Perception-cinéma, Vrin, Paris, 2012 ; L’oeil et l’objectif, Vrin, 2014). Celles-ci s’orientent désormais vers le cinéma (Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa, éditions Yellow Now, Paris, 2013, L’attrait du café, Yellow Now, 2017, L’attrait du fantôme, Yellow Now, 2019) et l’art contemporain japonais, grâce à des séjours d’études à l’université Waseda et à l’université de Tokyo.

Consulter le  programme détaillé du séminaire

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