Séminaire de l’IAO

Le séminaire de recherche de l’Institut d'Asie Orientale vise à présenter les travaux des chercheurs rattachés au laboratoire ainsi que de chercheurs extérieurs et de chercheurs étrangers invités. Les thématiques abordées concernent principalement les sciences humaines et sociales, à propos des sociétés modernes et contemporaines de l'Asie de l'Est et du Sud-Est. Les séances du séminaire sont programmées le vendredi après-midi de 14h à 15h30 deux fois par mois, selon le calendrier indiqué sur la page du séminaire. Le séminaire est ouvert à tout public impliqué dans la recherche, l’enseignement et l’étude de l’Asie. Le programme des séminaires est coordonné par Arnaud Nanta.

Programme 2023-2024 (1er semestre)

Les séances de l’année 2023-2024 auront lieu en visioconférence. [Inscription en ligne]

Vendredi 21 juin 2024, de 14h-15h30

« Interconnecting Networks of Human Trafficking in Treaty-Port China and Beyond (1830-1930s) »

Mònica Ginés-Blasi, Marie-Curie Postdoctoral Fellow / IAO

Résumé : Investigations into 19th century Chinese indentured migration — the nominally paid procurement of peasants for export labour — tend to leave women and children inadequately represented. Inclusive of all those displaced, this presentation focuses on the integral components of various trafficking networks, from profit-driven traders to state institutionalisation. By putting into dialogue various networks of Chinese mobility usually studied separately, this study will problematize current conceptualizations about the « coolie trade » and Chinese indentured migration, and shed new light onto the place of Chinese labour migration in global dynamics related to the configuration and decline of the colonial world.
Cette conférence sera en anglais.

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Vendredi 17 mai 2024, de 14h-15h30

« La précarité au travail pendant la haute croissance japonaise »

Bernard Thomann, Professeur à l’Inalco, historien des politiques sociales au Japon

Résumé : La précarité au travail au Japon, mais aussi en France, est souvent associée par les sciences sociales aux périodes de récession et stagnation économiques. De plus, le récit d’un processus de sécurisation du salariat pendant la haute croissance (1955-1973), suivi d’une précarisation, surtout à partir des années 1990, y est dominant. Or une approche historique, fondée sur l’histoire orale, l’étude des archives du mouvement ouvrier et des entreprises, et la lecture des enquêtes sociales, permet de nuancer ce récit et d’historiciser d’avantage un concept – la précarité – très lié à la situation sociale des ères Heisei (1989-2019) et (Reiwa 2019-).

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Vendredi 12 avril 2024, de 14h-15h30

« Na San, le prélude »

Philippe Gras, fonctionnaire au ministère des Armées, est spécialiste de l’histoire de la guerre d’Indochine

Résumé : La seconde partie de la guerre d’Indochine (1945-1954) est marquée par une nouvelle stratégie française pour contrer la poussée Vietminh vers le Laos : celle des camps retranchés. Cette stratégie vise à édifier des camps fortifiés éloignés du delta tonkinois, ravitaillés et appuyés par l’aviation, qui doivent devenir les bases offensives voulues inexpugnables. Modèle de ce que sera Dien Bien Phu, Na San est le premier exemple de camp retranché, attaqué sans succès par le Vietminh, en décembre 1952. Pourtant malgré la victoire française, Na San est le prélude tragique de Dien Bien Phu en 1954, symbole des errements et de l’illusion de la supériorité des armes.

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photo © Daniel Camus ; Jean Péraud/ECPAD/DéfenseVendredi 29 mars 2024, de 14h-15h30

« L’asymétrie mémorielle Algérie-Indochine en France : ou comment expliquer l’oubli indochinois ? »

Christopher Goscha, professeur à l’UQÀM (Québec), historien du Viêt Nam au 20e siècle.

Résumé : En 2022, Emmanuel Macron a effectué une visite officielle à Alger pour réaliser une « réconciliation mémorielle » entre les sociétés française et algérienne sur la guerre qui les a déchirées (1954-1962). En 2020, il avait confié à l’historien B. Stora une « mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». Ces démarches tentaient d’affronter le passé, les tensions entre les deux pays et des problèmes d’intégration, et elles avaient sans doute des objectifs politiques. De façon frappante, la guerre d’Indochine reste dans l’ombre de l’Algérie dans la mémoire française, alors que pourtant le conflit indochinois (1945-1954), qui a opposé la France au Vietnam d’Hô Chi Minh, fut la guerre de décolonisation la plus violente du 20ème siècle. Comment expliquer cet oubli relatif du Vietnam à une époque où la France semble plus prête qu’auparavant à regarder son passé colonial en face ? Christopher Goscha tentera de répondre à cette question.

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Vendredi 9 février 2024, de 14h-15h30

« La reconstruction à Fukushima en question : Namie, un village de campagne propulsé en modèle de résilience urbain post-accident nucléaire »  

Cécile Brice-Asanuma, codirectrice du laboratoire Mitate (CNRS) sur l’après Fukushima. Elle a publié : Fukushima, 10 ans après, sociologie d’un désastre

Résumé : En 2023, 12 ans après l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais prend la décision de rouvrir la quasi intégralité de l’ancienne zone évacuée. Dans ce contexte, la commune de Namie a été choisie afin de représenter le fleuron international de la résilience urbaine après un accident nucléaire. La reconstruction qui s’en suit, engendre de nombreuses controverses, dans un contexte environnemental où la pollution est toujours présente. Après un retour sur l’histoire des lieux, nous analyserons la nature de la reconstruction, les politiques de redynamisation économiques et démographiques, afin de dresser un premier bilan prospectif de la situation.

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Vendredi 12 janvier 2024, de 14h-15h30

« L’étreinte de la patrie : décolonisation, sortie de guerre et violence à Taiwan, 1947 »  

 Victor Louzon, maître de conférences à Sorbonne Université et chercheur au laboratoire Sirice.

Résumé : En 1947, un bref soulèvement, « l’Incident du 28 février », agita Taiwan contre le pouvoir chinois du Kuomintang après que la Chine eut récupéré l’île en 1945, mettant fin à cinquante ans de colonisation japonaise. Rapidement et brutalement réprimé, il est aujourd’hui au cœur des luttes mémorielles qui agitent Taiwan, avec pour enjeu la légitimité de la souveraineté chinoise sur l’île. Dans cet ouvrage, Victor Louzon se penche sur les mécanismes et la genèse de cette éruption de violence. Il l’analyse à la lumière de cinquante ans de relations sino-japonaises, en particulier la guerre de 1937-1945.

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Vendredi 15 décembre 2023, de 14h-15h30

« Une belle endormie », Kaesong, Corée du Nord 

Elisabeth Chabanol,  EFEO, archéologue, spécialiste de la péninsule coréenne

Résumé : Les sources historiques écrites relatives à la construction des enceintes successives de la ville de Kaesong, dans la péninsule coréenne, documentent partiellement et partialement l’évolution de cette ancienne capitale du royaume de Koryŏ (918-1392). Avec le développement rapide de la ville et la priorité stratégique de la Zone économique spéciale de Kaesong, établie en 2004, la documentation des murailles et de leurs divers vestiges est devenue, d’un point de vue patrimonial, une question d’urgence. Après plusieurs années de recherche dans le archives du musée du Koryŏ de Kaesong et sur le terrain, un projet d’étude historique et urbaine se rapportant aux enceintes de la ville de Kaesong a été proposé à la Commission consultative pour les recherches archéologiques à l’étranger du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Sous son égide, en février 2011, la Mission archéologique à Kaesong, impliquant du côté français l’École française d’études asiatiques et du côté nord-coréen la National Authority for the Propection of Cultural Heritage (NAPCH, Corée du Nord), a été créée.

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Vendredi 8 décembre 2023, de 14h-15h30

« La fabrique de l’architecture à Tianjin : autour de l’ouvrage Tianjin, transferts mondiaux et appropriations locales »

Christine Mengin est professeure émérite d’histoire de l’architecture de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

Résumé : Métropole majeure, Tianjin est cependant largement ignorée par la recherche occidentale, en dépit de son importance dans l’histoire de la Chine moderne. Port de Pékin et centre économique prospère, elle a dû accueillir neuf concessions occidentales, et est devenue sous l’impulsion des élites impériales puis républicaines une ville pionnière de la modernisation chinoise, centrale pour comprendre le rapport de la Chine à l’Occident. Publié en deux versions, française et chinoise, l’ouvrage présenté réunit à parts égales des contributions de chercheurs de Tianjin et de chercheurs occidentaux, croisant les approches académiques respectives sur un même objet historique – cette histoire architecturale et urbaine singulière.

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Vendredi 17 novembre 2023, de 14h-15h30

« Unification de la langue nationale et militance féministe en Chine républicaine : le cas du Congrès de 1924 pour le progrès de l’éducation »

Coraline Jortay est chercheuse au CNRS, historienne des politiques linguistiques en Chine au 20e siècle

Résumé : Comment envisager la construction linguistique nationale en Chine républicaine (1912-1949) au regard de la diversité des voix qui prennent part à ces réformes ? En retraçant la venue d’une délégation d’institutrices féministes de Tianjin au congrès annuel de l’Association nationale pour le progrès de l’éducation, organisé à Nankin en juillet 1924, cette conférence interroge la manière dont la militance féministe investit le champ de l’unification et de l’enseignement de la langue, notamment à travers une réflexion sur les rapports entre féminisme et patronymie, réformes grammaticales et orthographiques et alphabétisation de la population.

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Vendredi 10 novembre 2023, de 14h-15h30

« Nouveau capitalisme, inégalités et préférence pour la redistribution au Japon »

Sébastien Lechevalier est directeur d’études à l’EHESS et président de la Fondation France-Japon. Ses recherches portent sur plusieurs dimensions de l’économie japonaise, des inégalités à l’innovation.

Résumé : Au Japon, alors que le niveau réel des inégalités de revenus est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible. Cela provient principalement d’une forte croyance en l’égalité d’opportunités, même si celle-ci a sensiblement baissé parmi les jeunes. Cela explique pourquoi la demande pour la redistribution est plus faible au Japon qu’ailleurs. Dans ce contexte, Fumio Kishida a été élu Premier ministre en septembre 2021 sur la base d’un programme promouvant un « nouveau capitalisme », censé réconcilier efficience et équité. C’est reconnaître l’importance d’un retour à la cohésion sociale qui faisait autrefois la force de l’économie japonaise. L’objectif de cette présentation est de comprendre les raisons du faible soutien de la population japonaise à la redistribution par le gouvernement et les implications pour le succès du programme de nouveau capitalisme.

Références:

Why do Redistributive Policies Differ across Countries? Analyzing the Multiple Dimensions of Preferences for Redistribution 

Au Japon, « alors que le niveau des inégalités de revenus y est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible »

改革へ社会的一体性、再生を 「新しい資本主義」の課題

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« Le rituel collectif et ses collectivités : contribution à une anthropologie du rituel à partir du cas des tantristes du nord-est tibétain » Nicolas Sihlé,Vendredi 27 octobre 2023, de 14h-15h30

« Le rituel collectif et ses collectivités : contribution à une anthropologie du rituel à partir du cas des tantristes du nord-est tibétain »

Nicolas Sihlé, Centre d’études sud-asiatiques et himalayennes (CNRS), spécialiste du Tibet et de l’anthropologie du bouddhisme

Résumé : Les villages du district de Repkong, en Amdo (nord-est tibétain), forment un tissu social complexe, organisé en douze subdivisions et marqué par des conflits de voisinage de nature territoriale. Ces villages comportent une forte présence démographique de tantristes (ngakpa), religieux bouddhistes non monastiques spécialisés dans de puissants rituels tantriques. Ces religieux maîtres de maison se réunissent dans des temples à l’occasion de rituels collectifs annuels. De l’échelle locale, villageoise, à celle du district entier, se tiennent ainsi des rassemblements rituels, regroupant des centaines de tantristes pour les plus grands et rendus possibles notamment par le soutien matériel des diverses communautés villageoises concernées. Certains grands rassemblements sont associés à des collectivités de tantristes supra-locales dotées d’un nom, dont la plus grande et inclusive (à la définition disputée) est célèbre à travers l’Amdo. Cette situation appelle une analyse des rapports entre rituels collectifs et les collectivités associées qui prolonge les travaux antérieurs qui ont commencé à compliquer le lien entre rituel et collectivité dans la tradition d’analyse durkheimienne.

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« Exhumations des dépouilles de travailleurs forcés et engagements pour la paix entre Corée(s) et Japon » Florence GalmicheVendredi 20 octobre 2023, de 14h-15h30

« Exhumations des dépouilles de travailleurs forcés et engagements pour la paix entre Corée(s) et Japon »

Florence Galmiche, maitresse de conférences à l’Université Paris Cité, membre de l’UMR « Chine, Corée, Japon » (CNRS, EHESS, UPCité), membre junior de l’IUF.

Résumé : Cette présentation s’intéresse aux pratiques contemporaines qui visent à honorer et apaiser les victimes du travail forcé imposé par le Japon colonial des années 1930 à 1945.  Elle est basée sur des enquêtes ethnographiques menées auprès d’une association coréano-japonaise qui exhume et rapatrie les dépouilles de travailleurs forcés (en particulier coréens) disséminées dans l’ancien empire colonial. Les activités de ces militants auto-désignés « grassrots », engagés pour la paix en Asie orientale, s’appuient sur la matérialité de ces morts – notamment la dimension saisissante des ossements – mais parfois aussi s’en affranchissent en les atteignant par d’autres mediums, notamment leurs noms et prénoms ou leurs tablettes ancestrales. À partir des activités de cette association, cette présentation examine les relations que ces militants établissent avec des morts qui leur sont en partie inconnus, ainsi que les projets à dimension politique et éthique qu’ils établissent à partir de ces relations. 

Programme 2022-2023 

Vendredi 9 juin 2023, de 14h-15h30

« Pour une histoire intellectuelle du commun dans le Japon moderne »

Simon Ebersolt, enseignant contractuel à l’Inalco, chercheur associé et co-responsable du Groupe d’étude de philosophie japonaise à l’IFRAE

Résumé : En réaction à l’individualisme universaliste de l’ère Taishô (1912-1926), selon lequel un individu isolé se connecte directement à un universel donné grâce à la culture de soi (kyôyôshugi 教養主義), des écrivains, intellectuels et philosophes ont tenté de redéfinir le commun dans un contexte de montée de courants politiques posant une collectivité sans individu ni universel, notamment le marxisme (la classe sociale) et le nationalisme (le peuple japonais). Les philosophes de l’école de Kyôto se sont notamment distingués par leurs tentatives de trouver une troisième voie articulant individu, nation et monde. Ces redéfinitions ont évolué selon le dialogue critique mené avec les pensées européennes ainsi que les contextes national et international, des appels à la « communauté est-asiatique » en temps de guerre au pacifisme d’après-guerre se réclamant de la nation démocratique.

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Gauthier Mouton : La transition énergétique en Chine (1990-2020) : discours et géopolitiqueVendredi 12 mai 2023, de 14h-15h30

« La transition énergétique en Chine (1990-2020) : discours et géopolitique »

Gauthier Mouton, ATER à SciencesPo Lyon, spécialiste de géopolitique et des politiques énergétiques en Chine

Résumé : Cette conférence examinera la transition énergétique chinoise comme un récit politique permettant de souligner les permanences et les discontinuités dans la manière dont les dirigeants du pays, de Jiang Zemin à Xi Jinping, se sont représentés les risques (géo)politiques associées aux stratégies d’indépendance et de diversification énergétiques.
On présentera pour cela la parole de certains acteurs sur les discours et pratiques des autorités chinoises en matière de transition énergétique, ainsi que leurs représentations des liens entre énergie, territoire, (géo)politique et (géo)économie. Ces discours peuvent être mis en perspectives avec les plans quinquennaux ou les documents législatifs de la RPC qui, depuis le début de la décennie 1990, servent de cadres de référence à la politique énergétique chinoise.

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Vendredi 28 avril 2023, de 14h-15h30

« Image et influence de la Chine en 2023 »

Olivier Arifon, professeur de communication politique à l’Université Catholique de Lille

Résumé : Pour développer leur influence, les États font la promotion d’une image, souvent autour d’artefacts culturels. Cette image s’articule autour d’un récit censé être attrayant et s’exerce en direction de différents publics. Or, au-delà de la proposition d’attractivité, la question de la réception est souvent occultée. Le discours de la République populaire de Chine argumente sur la supériorité économique (les nouvelles routes de la soie), culturelle (du panda aux Instituts Confucius) et sociale (messages destinés à des relais). La compétition politique pour l’influence culturelle est et restera un des axes des États. L’approche de la Chine, qualifiée « d’impériale », consiste à défendre son régime politique et fait face à celle du modèle libéral, ou les publics adhèrent à un idéal de société. Cette communication montre les ressorts et les contradictions possibles du modèle chinois dans l’arène globale.

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Olga Dror : La construction du culte de la personnalité de Ho Chi Minh : singularités et convergencesVendredi 24 mars 2023, de 14h-15h30

«La construction du culte de la personnalité de Ho Chi Minh : singularités et convergences »

 Olga Dror,  professeure d’histoire à la Texas A&M University (USA) et fellow au Collegium de Lyon (2022-2023)

Résumé : Ho Chi Minh fut le premier président de la République démocratique du Viêt Nam. Il dirigea son pays durant la guerre contre la France, puis contre les États-Unis et la République du Viêt Nam, au sud. Il fut également l’un des leaders mondiaux les plus énigmatiques, qui fut très actif dans la construction de son propre culte de la personnalité. Olga Dror examinera l’histoire de sa sacralisation, les vecteurs et les à-coups utilisés dans le processus de construction du culte de Ho Chi Minh, ses mutations, et le rôle que ce culte occupa au sein des affaires intérieures et dans les relations internationales du Viêt Nam. Enfin, le culte de Ho Chi Minh sera mis en perspective vis-à-vis des autres cultes de dirigeants mondiaux à la même époque.

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Xénia de Heering : Joies et peines de l’enfant Naktsang : témoignage historique et best-seller tibétain dans la Chine des années 2000 Vendredi 10 février 2023, de 14h-15h30

«Joies et peines de l’enfant Naktsang : témoignage historique et best-seller tibétain dans la Chine des années 2000 »

 Xénia de Heering, ingénieure de recherche (IAO/ANR Natinasia), spécialiste du Tibet contemporain

Résumé : En 2007 paraissait à Xining un ouvrage tibétain hors du commun, Joies et peines de l’enfant Naktsang (Nags tshang zhi lu’i skyid sdug). Témoignage sans précédent sur les années 1950 dans la région tibétaine de l’Amdo, et notamment sur le « renversement d’époque » de l’année 1958, ce récit d’enfance autobiographique est rapidement devenu un best-seller du marché littéraire tibétophone régional, en dépit de son caractère politiquement sensible. Revenant sur les processus de diffusion commerciale et non commerciale de l’ouvrage au Tibet, la communication abordera aussi certaines des manières dont ce témoignage a permis à des lecteurs différemment situés dans l’espace social de connecter leurs manières d’imaginer un passé commun.

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Vendredi 9 décembre 2022, de 14h-15h30

«Autorité lettrée et controverse : les formes de la réflexivité dans la Chine prémoderne »

Guillaume Dutournier, maître de conférences à l’EFEO, spécialiste du confucianisme en Chine

Résumé : À la fois expression d’un ordre statutaire et idéal renouvelé de distinction morale, la figure du lettré s’affirme plus que jamais à partir des Song (IXe-XIIIe s.) comme un catalyseur d’autorité au rayonnement multiple : qu’il s’agisse de l’établissement des corpus normatifs, de la justification d’institutions anciennes et nouvelles, ou de la sélection des personnels de l’empire à travers les examens, les savoirs lettrés ne cessent de penser et d’organiser le cadre dans lequel s’exerce la souveraineté impériale. Totalisante par sa visée, cette alliance renforcée du savant et du politique en Chine n’en est pas moins aussi un espace de sociabilité plus ou moins instable et conflictuelle, où s’élaborent des conceptions rivales du magistère lettré et de sa vocation civilisatrice. C’est à cette réflexivité agonistique et au « fonds institutionnel » qui la sous-tend que s’intéressera cette présentation. À travers un exemple précis de controverse et un aperçu de ses prolongements dans l’histoire plus récente, on interrogera le phénomène lettré chinois à partir d’un questionnement d’anthropologie historique sur le devenir de la vision holistique des shi (lettrés) dès lors qu’elle devient sujette à discussion et, partant, à objectivation.

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Vendredi 2 décembre 2022, de 14h-15h30

«Le démotique vietnamien : sources et enjeux de la recherche en histoire des techniques »

Emmanuel Poisson,  professeur d’histoire du Viêt Nam, directeur-adjoint de l’Institut Français de Recherche sur l’Asie de l’Est (UMR 8043)

Résumé : Cette intervention interrogera la place du démotique (喃 [nôm], 國音 [quốc âm], 國語 [quốc ngữ], 南音 [nam âm] ou 俗書 [tục thư]) dans la production écrite au Viêt Nam du XIe au début du XXe siècle entre le chinois classique et le quốc ngữ, écriture alphabétique codifiée au XVIIe siècle. Singulier par sa syntaxe, son lexique et ses usages, le démotique s’est déployé dans toutes les sphères du savoir, de la religion au droit coutumier en passant par les techniques (médecine, artisanat, navigation) dont l’étude des sources iconographiques et textuelles ouvrent de nouvelles perspectives de recherche.

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Vendredi 25 novembre 2022, de 14h-15h30

«La mondialisation du Zen»

Emmanuel Lozerand, professeur de langue et littérature japonaises à l’Inalco / Ifrae

Résumé : Quasi inexistante jusqu’alors, étrangère au japonisme, la référence au Zen se fit insistante en Occident, de l’immédiat après-guerre au début des années 1970. On esquissera le cheminement tortueux qui mit soudain en pleine lumière les travaux des contrebandiers du zen, ces « sombres précurseurs » d’avant-guerre. On décrira aussi quelques traits élémentaires de cette référence en analysant le rôle qu’ils ont pu jouer dans l’œuvre de personnalités aussi diverses que le musicien John Cage, le sculpteur et designer Isamu Noguchi, le photographe Henri Cartier-Bresson ou les écrivains Jack Kerouac et André Malraux par exemple. Insistant sur le rôle important joué par certaines institutions (Unesco, Fondation Rockefeller…), on tentera enfin de mettre en lumière certaines des causes profondes qui expliquent le succès aussi foudroyant qu’inattendu de cette référence spécifiquement néo-japoniste.

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Laurent Chircop-Reyes, Chercheur en anthropologie historique sur la Chine moderne et contemporaine (CEFC, CECMC et IrAsia) Résumé : Les circulations caravanières en Chine du Nord, bien connues en histoire économique et sociale, sont relativement peu étudiées sous l’angle du brigandage. Les sources contenant des indices sur ces mobilités ne manquent pourtant pas : nombreuses sont les archives impériales Qing (1644-1912) concernant les attaques de brigands sur des groupes en déplacement, et plusieurs récits renseignent sur des pratiques locales pour se prémunir des pillages. Marchands et migrants devaient traverser des espaces soumis à des logiques de territorialité complexes, échappant en partie au contrôle de l’État. Cette présentation s’interrogera quant aux possibilités, à travers ce corpus varié, d’approfondir notre compréhension de l’organisation sociale, professionnelle et lignagère des catégories caravanières face aux défis de la mobilité entre le XVIIIe et le début du XXe siècle.Vendredi 18 novembre 2022, de 14h-15h30

«Les mobilités caravanières marchandes et migratoires vues par le brigandage en Chine du Nord (XVIIIe-XXe siècles) : archives impériales, récits et oralité en question(s)»

Laurent Chircop-Reyes, Chercheur en anthropologie historique sur la Chine moderne et contemporaine (CEFC)

Résumé : Les circulations caravanières en Chine du Nord, bien connues en histoire économique et sociale, sont relativement peu étudiées sous l’angle du brigandage. Les sources contenant des indices sur ces mobilités ne manquent pourtant pas : nombreuses sont les archives impériales Qing (1644-1912) concernant les attaques de brigands sur des groupes en déplacement, et plusieurs récits renseignent sur des pratiques locales pour se prémunir des pillages. Marchands et migrants devaient traverser des espaces soumis à des logiques de territorialité complexes, échappant en partie au contrôle de l’État. Cette présentation s’interrogera quant aux possibilités, à travers ce corpus varié, d’approfondir notre compréhension de l’organisation sociale, professionnelle et lignagère des catégories caravanières face aux défis de la mobilité entre le XVIIIe et le début du XXe siècle.

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Vendredi 21 octobre 2022, de 14h-15h30

«Le caractère hybride du droit constitutionnel hong kongais, mythe ou réalité ?»

Virginie Kuoch, doctorante en droit constitutionnel comparé Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Institut de Recherche juridique de la Sorbonne)

Résumé : La révolution des parapluies en 2014, les manifestations contre la loi d’extradition vers la Chine durant l’été 2019 et l’adoption de la loi de sécurité nationale en 2020 témoignent l’intensité des tensions entre Hong-Kong la Chine continentale. Cette conférence analysera, sous le prisme juridique, l’évolution du droit constitutionnel Hong-Kongais, en cette année du 25e anniversaire de la rétrocession. Comment deux systèmes juridiques aussi différents parviennent-ils (ou non) à coexister au sein d’un même cadre constitutionnel? Ce caractère hybride établi par la Loi fondamentale ainsi que son interprétation ne vont-il pas s’estomper à mesure que l’on s’avance vers 2047 ?

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Vendredi 7 octobre 2022, de 14h-15h30

«Un pays de propriétaires introuvables ? Le Japon face au délaissement foncier et immobilier»

Sophie Buhnik, géographe et urbaniste du Japon, chercheuse associée à l’IFRJ-MFJ (Tokyo) et à l’UMR Géographie-cités

Résumé : Depuis la fin des années 2000, le territoire japonais est marqué par un essor sans précédent de terrains inoccupés, bâtis ou non bâtis, sans propriétaires clairement identifiés (shoyūsha fumei tochi 所有者不明土地). Cet état de délaissement pose un enchevêtrement de problèmes aux habitants et aux collectivités locales concernés par le (non) usage de ces terrains. Grâce à l’analyse de données quantitatives et d’enquêtes qualitatives sur la répartition et la gestion des logements vacants en propriété privée, avec une focalisation sur la région du Kansai, cette présentation s’attachera à expliquer comment le Japon contemporain est passé, en à peine 30 ans, de l’image d’un territoire aux prises avec des problèmes d’accaparement foncier, à celle d’un pays menacé par les conséquences macro-économiques du « négabilier » (fudōsan 負動産). Ce néologisme renvoie à la massification des biens fonciers et immobiliers abandonnés au motif que leur entretien coûte plus aux ayants-droits ou aux collectivités qui en héritent, que les rentes ou profits qu’ils pourraient en tirer. Nous rendrons compte de la distribution socialement et spatialement différenciée de ces « patrimoines négatifs », puis nous évoquerons les enjeux politiques et géopolitiques qui ont mené à une réforme en profondeur du droit foncier et des politiques de lutte contre la vacance résidentielle dans la seconde moitié des années 2010, ainsi que les résultats qui pourraient en être attendus.

Programme 2021-2022

Jean-François Klein, Théophile Pennequin : penser la pacification en IndochineVendredi 6 mai 2022, de 14h-15h30

« Théophile Pennequin : penser la pacification en Indochine.
Retours d’expériences impériales et savoirs vernaculaires 1888-1910 »

Jean-François Klein, Professeur d’Histoire contemporaine en Histoire Maritime, portuaire et coloniale à l’Université de Bretagne-Sud et Chercheur à l’UMR 9016 TEMOS (Lorient)

Résumé : Il s’agit ici de présenter, depuis notre publication en 2021 chez Hémisphères éditions de la biographie du général Théophile Pennequin (1849-1916), « père » de ce que l’on appelé « l’école française de pacification » puis « l’école française de contre-insurrection ». Oublié de tous, y compris des militaires, Pennequin a pourtant été l’un des coloniaux important de son époque. Bâtisseur d’Empire, polyglotte, « indigénophile », il est aussi l’un des premiers haut-commis de l’Empire en Indochine à remettre en cause le système colonial tel qu’il existait à la veille de la Première Guerre mondiale. Son originalité réside avant tout dans la tactique qu’il pratiqua sur le terrain, et qu’il a, au fil des ans et des théâtres d’opération, fut élaborée en une stratégie raisonnée, destinée à réduire au plus juste le coût militaire et humain de la domination coloniale. Retour d’expérience couplé à la lecture des textes chinois sur la pacification des marches impériales chinoises. L’école de contre-insurrection que pensa Pennequin, en situation coloniale, fut tout autant française que chinoise.

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Marie Laureillard, Shanghai années 30 : caricature et littérature dans trois revues illustréesVendredi 15 avril 2022, de 14h-15h30

« Shanghai années 30 : caricature et littérature dans trois revues illustrées »

Marie Laureillard, maîtresse de conférence HDR à Lyon 2, spécialiste de littérature et d’art chinois modernes

Résumé : Entre l’âge des seigneurs de la guerre et la guerre sino-japonaise, la décennie dite « de Nankin » (1928-1937) apparaît comme une trêve dans l’histoire tourmentée de la Chine du XXe siècle. La presse illustrée, stimulée par l’irruption massive de la culture occidentale dans les ports ouverts comme Shanghai, participe du projet de modernisation de l’époque, comme en témoignent Shanghai Sketch 上海漫畫 (1928-1930), Modern Sketch 時代漫畫 (1934-1937) et Furen huabao 婦人畫報 (1933-1937). Caractérisées par un foisonnement visuel et un éclectisme artistique, ces trois revues accordent une place de choix aux dessins de presse, qui tendent un miroir légèrement déformant à la classe moyenne urbaine. Cette conférence analysera la vision kaléidoscopique que ces trois revues ont produit de la vie à Shanghai et du reste du monde sur fond de tension sino-japonaise et de montée des fascismes.

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Inventorier, cartographier et contextualiser la traite en Chine impériale tardive Le projet « China Human Trafficking and Slaving Database »Vendredi 18 mars 2022, de 14h-15h30

« Inventorier, cartographier et contextualiser la traite en Chine impériale tardive Le projet  « China Human Trafficking and Slaving Database » »

Claude Chevaleyre, Chargé de recherches CNRS, historien de l’esclavage en Chine (14e-19e siècles)

Résumé : L’histoire de l’esclavage en Chine et en Asie n’est pas un champ nouveau. Les travaux menés récemment sur les traites européennes dans l’océan Indien à l’époque moderne lui ont néanmoins donné un nouveau souffle et font surgir de nouvelles problématiques. Cette conférence sera consacrée à la présentation du projet China Human Trafficking and Slaving Database, développé en collaboration avec l’International Institute of Social History. Elle reviendra notamment sur les problèmes historiographiques et méthodologiques liés à l’observation des flux de traite en Chine et sur leurs ramifications transnationales.

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conférence de Laurent NespoulousJeudi  10 février 2022, de 14h-15h30

« La formation des mondes anciens en Asie de l’Est et du Nord-Est : Réflexion macro-régionale sur l’idée d’Antiquité(s), la formation des sociétés étatisées et leurs périodisations »

Laurent Nespoulous, maître de conférences à l’Inalco et archéologue, spécialiste de la Protohistoire japonaise (IFRAE / Trajectoires)

Résumé : L’écriture de l’histoire étant généralement le fait de sociétés étatisées, chaque pays tend à avoir sa propre perception de l’histoire et sa propre périodisation. Il en va encore souvent de même en archéologie, discipline née dans le contexte de formation des États-nations du xixe siècle. Aujourd’hui, en Europe, il existe une correspondance d’échelle entre le continent et chaque chronologie « nationale », permettant de dépasser ces cadres. Qu’en est-il au Japon, en Corée, en Chine ? Chacun de ces pays possède sa Préhistoire et son Antiquité. Il est fréquent de les comparer, d’évaluer les mouvements entre les uns et les autres lors des moments de grande transformation (agriculture, État, religion, pensée) des sociétés. Ces dynamiques sont alors souvent perçues comme partant d’un centre, une Chine mal définie, vers ses périphéries, la péninsule de Corée et l’archipel du Japon, au fil des soubresauts et convulsions d’un « monde sinisé ». Puis, sorti de ces moments perçus comme charnières, le régime normal du récit archéologique ou historique est enserré dans chaque territoire national. Il conviendrait donc de réfléchir à la possibilité d’une chronologie transrégionale.

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Conférence - Débat Emmanuel Poisson & François Guillemot présentent l'ouvrage de Cao Xuân Huy : En mars, fusils brisésVendredi 21 janvier 2022, de 14h-15h30

« Conférence – Débat : Emmanuel Poisson & François Guillemot présentent l’ouvrage de Cao Xuân Huy : En mars, fusils brisés »

Emmanuel Poisson, professeur d’histoire sociale et économique du Vietnam classique et traducteur littéraire, Université de Paris

Résumé : Au mois de mars 1975, un mois avant la chute de Saigon, le jeune lieutenant Cao Xuân Huy est fait prisonnier près de Huê. Dans un texte autobiographique qui fit des remous dans la communauté exilée, il relate la retraite et l’annihilation d’une unité de Marines sud-vietnamiens autour du 17e parallèle. Ce récit apocalyptique d’une armée en déroute, paru en 1986 aux États-Unis, est unique en son genre car les témoignages des « vaincus » restent largement inédits et inconnus du grand public. Pour resituer l’ouvrage, cette traduction française est accompagnée d’une introduction de deux historiens du Vietnam « Une guerre sans fard », d’un texte de l’écrivain Bao Ninh et d’une postface de l’écrivain Dô Khiêm. L’ouvrage est également agrémenté d’une bibliographie sur la guerre du Vietnam.

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L’industrie du jeu vidéo en Corée du Sud : comment les travailleurs composent avec une organisation par projets, Chloé Paberz

Vendredi 3 décembre 2021, de 14h-15h30

« L’industrie du jeu vidéo en Corée du Sud : comment les travailleurs composent avec une organisation par projets »

Chloé Paberz,  anthropologue à l’IFRAE et maître de conférences à l’Inalco

Résumé : En quelques années, le jeu vidéo est devenu le loisir préféré des Sud-Coréens et l’un des fleurons des industries créatives du pays. L’industrie vidéoludique, et le marché de l’informatique en général, participent à véhiculer l’image d’une Corée du Sud extrêmement moderne voire à la pointe de l’innovation. A partir de l’ethnographie d’une entreprise de jeux éducatifs cofinancée par des fonds publics et privés, nous analyserons la manière dont cette production de masse implique une organisation par projets qui voit se succéder de multiples petites entreprises peu pérennes et dépréciées par leurs salariés. Nous interrogerons les formes de continuité qu’élaborent les travailleurs dans l’organisation morcelée de ce gigantesque marché.

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« Taïwan et ses lieux de mémoire : la question du récit national » Samia FerhatVendredi 26 novembre 2021, de 14h-15h30

« Taïwan et ses lieux de mémoire : la question du récit national »

Samia Ferhat travaille en sociologie de la mémoire et s’intéresse aux relations sino-taïwanaises, Paris-Nanterre, EHESS-UMR CCJ

Résumé : Les quarante dernières années à Taïwan se sont caractérisées par l’émergence, dans le champ du politique, de débats particulièrement virulents ayant trait, pour la plupart, aux questions d’ordre historiographique et mémoriel. Tendant à reconsidérer des personnages et des moments de l’histoire, à redéfinir des césures chronologiques ou à interroger des registres terminologiques, ces controverses rendent compte d’une préoccupation particulière, celle de définir à l’échelle nationale les contours de la communauté d’appartenance. Les narrations du passé élaborées à la faveur de ces transformations mémorielles soulignent non seulement la volonté de mobiliser un legs de souvenirs représentés et conçus comme étant partagés (Renan), mais également de s’imaginer dans un avenir commun. Nous tenterons dans cette présentation d’identifier les diverses mutations narratives du passé en explorant les valeurs, normes et sensibilités les sous-tendant et qui, par ailleurs, posent les termes de la communauté nationale et/ou citoyenne en constante transformation.

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Summary Execution and Legal Culture in Qing China, Weiting GuoVendredi 12 novembre 2021, de 14h-15h30

« Summary Execution and Legal Culture in Qing China »

Weiting Guo, chercheur postdoctoral au projet ERC « ENP-Chine » à l’Université d’Aix-Marseille

Résumé : Until the late eighteenth century, the Chinese capital case review system was one of the most stable criminal systems in the world. The highly developed codification and the multiple levels of judicial review had stunned several European observers. Yet, primarily since the height of the Qing Empire (1636–1912), China embarked on an ambitious program to sweep away criminals by heavily legalizing the practice of summary execution. Focusing on how summary execution was enforced, challenged and manipulated, this talk analyzes the dialectical process of legal formation of empire and the symbiotic relationship between empire building and judicial expediency.

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La justice japonaise au prisme de l'affaire Carlos Ghosn : anatomie d'une banqueroute judiciaire, Eric SeizeletVendredi 22 octobre 2021, de 14h-15h30

« La justice japonaise au prisme de l’affaire Carlos Ghosn : anatomie d’une banqueroute judiciaire »

Eric Seizelet, Professeur émérite à l’Université de Paris Spécialiste de l’histoire du droit et des institutions politiques du Japon moderne et contemporain.

Résumé : L’arrestation de Carlos Ghosn à Tôkyô en novembre 2018 et son départ clandestin de l’archipel en décembre 2019 ont eu un retentissement médiatique considérable. Devenu le prévenu le plus célèbre de la planète, l’ancien président de l’Alliance Renault-Nissan n’a eu de cesse de dénoncer une « justice de l’otage », instrumentalisée par la direction de Nissan pour obtenir son éviction. Critiqué de toute part, le système judiciaire japonais s’est trouvé placé au banc des accusés. Face à cette offensive savamment orchestrée, les autorités japonaises ont accumulé les maladresses de communication. La justice japonaise ne méritait sans doute pas ces excès d’indignité aux relents parfois néo-colonialistes. Mais cette affaire a également mis en lumière la toute-puissance des Parquets et de réels problèmes dans la protection des droits des justiciables en matière pénale.

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Sophie Biard, La conservation du patrimoine archéologique au CambodgeVendredi 15 octobre 2021, de 14h-15h30

« La conservation du patrimoine archéologique au Cambodge »

Sophie Biard, Historienne de l’art, Sophie Biard travaille au Cambodge depuis 2014 pour la recherche, la documentation et la conservation des collections archéologiques nationales.

Résumé : La constitution des collections d’œuvres archéologiques cambodgiennes est un processus qui a débuté à la fin du XIXe siècle. Celle-ci a été très largement subordonnée aux événements politiques de l’histoire contemporaine mouvementée du pays. L’organisation des institutions du patrimoine ainsi que la conservation et la gestion des collections au Cambodge est toujours tributaire cet héritage. La connaissance de cette histoire conditionne également certains aspects de la recherche pour la compréhension des œuvres, notamment pour la connaissance de leur contexte original. En effet, leur documentation repose sur un travail d’enquête sur des fonds d’archives qui ont eux-mêmes été dispersés par les évacuations en temps de guerre.

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Manifeste pour reconsidérer l'histoire politique des triades, Emmanuel JourdaVendredi 8 octobre 2021, de 14h-15h30

« Manifeste pour reconsidérer l’histoire politique des triades »

Emmanuel Jourda, Chercheur-associé au CECMC de l’EHESS, étudie l’histoire politique contemporaine de la Chine.

Résumé : Dans le pourtour de la mer de Chine méridionale du 19ème siècle colonial, lesdites « triades » intriguent. Leurs cris de ralliement antimandchous et leur emprise sociale les classent indistinctement comme politiques et dangereuses, alors que la Chine s’enfonce dans des violences de masse au fil des décennies et que les empires occidentaux se renforcent. À la fin du siècle, les révolutionnaires chinois tentent d’en faire un levier d’action de leur activisme. À cette fin ils cherchent à inclure leurs légendes dans la construction de leur nationalisme antidynastique en gestation. Dans la période républicaine, lesdites « sociétés secrètes » font l’objet d’attention tant de la part des nationalistes, des communistes que des Japonais. Après 1949, Mao Zedong les élimine en RPC, notamment en raison de proximités supposées avec le KMT. Dans les années 1960-1970, la sinologie occidentale analyse leur imaginaire et leur histoire pour y déceler des traces populaires primitives de la révolution communiste. Dans les années 1980-1990, le PCC les démarche dans le cadre de la rétrocession de Hongkong. Depuis les années 2010 des activistes troubles, à Hongkong et Taiwan, s’opposent à des manifestations de voie publique contraires au Rêve chinois irrédentiste de Xi Jinping au nom de leur tradition nationaliste. Cette histoire longue, et en apparence fragmentée, trouve toutefois sa cohérence en faisant des triades un sujet d’étude politique revisité.

Programme 2020-2021

Les séances de l’année 2020-2021 auront lieu en visioconférence.  Inscription préalable à l’adresse iao.seminaire@ens-lyon.fr

Vendredi 9 avril 2021, de 14h-15h30

« Le peuple introuvable japonais dans la guerre totale : réflexions à partir du débat sur la politique chinoise en 1940  »

David Serfass, maître de conférences en histoire à l’Inalco et chercheur à l’Ifrae.

Résumé : La période de la guerre Asie-Pacifique (1937-1945) et de ses prémices a longtemps été appréhendée comme une parenthèse venant interrompre l’éclosion des bourgeons de la « démocratie de Taishō », avant que la tutelle américaine de l’après-guerre ne parachève ce processus en faisant adopter en 1946 une nouvelle constitution transférant la souveraineté de l’empereur au peuple (kokumin). À travers l’étude du débat parlementaire et médiatique au sujet de la politique du Japon en Chine, qui atteint son paroxysme en 1940, nous tenterons de repenser la guerre totale comme un moment paradoxal d’affirmation du principe de la souveraineté du peuple.

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Séminaire de Samuel Guex : Le traité nippo-coréen de 1965 : obstacle à la normalisation des relations nippo-coréennes ? Vendredi 26 mars 2021, de 14h-15h30

« Le traité nippo-coréen de 1965 : obstacle à la normalisation des relations nippo-coréennes ? »

Samuel Guex, professeur associé à l’Université de Genève, spécialiste d’histoire coréenne et japonaise, et des relations Chine-Corée-Japon.

Résumé : Les relations entre le Japon et la Corée du Sud sont au plus bas depuis plusieurs années. Les controverses autour des femmes de réconfort et, plus récemment, des victimes de travail forcé durant la colonisation, sont la cause de frictions diplomatiques dont les effets s’étendent désormais aux échanges culturels et économiques. Au cœur des dissensions se trouve le traité nippo-coréen de 1965, qui a permis la normalisation des relations entre les deux pays, mais qui fait l’objet d’interprétations divergentes. Alors que Tôkyô ne cesse de répéter que la question du dédommagement des victimes de la période coloniale a été réglée définitivement en 1965, Séoul considère, lui, que les dispositions du traité ne concernaient pas les demandes de dédommagement individuelles. Ces positions radicalement opposées semblent irréconciliables. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? Tout en examinant les principaux points d’achoppement concernant le traité de 1965, nous montrerons que, par le passé, les positions officielles des gouvernements japonais et sud-coréens furent parfois bien différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui.

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Séminaire de l'IAO : Isabelle KonumaVendredi 26 février 2021, de 14h-15h30

« Stérilisation et léproseries : la loi japonaise de protection eugénique (1948) »

Isabelle Konuma, professeure à l’INALCO (IFRAE), spécialiste de l’histoire du droit japonais.

Résumé : Les léproseries furent la scène des expériences de stérilisation collectives dès les années 1910, fournissant par là-même un modèle réel aux lois de stérilisation de 1940 (Kokumin yûseihô) et de 1948 (Yûsei hogohô). Si la politique d’isolement des lépreux fut l’objet d’un jugement historique (2001) suivi d’une loi d’indemnisation (2006) élargie aux patients coréens (Sorokdo Sanatorium) et taïwanais (Losheng Sanatorium) de la période coloniale, les stérilisations pratiquées dans les sanatoriums quant à elles ne firent pas encore l’objet d’un positionnement clair de la part de l’État japonais malgré les actions en justice menées depuis 2018. À travers les archives et les magazines de la léproserie de Tama Zenshôen (Tôkyô), nous tenterons d’analyser la synergie entre les corps médicaux et administratifs, alimentée par le positionnement des juristes vis-à-vis des causes eugénistes.  

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Séminaire de l'IAO Frédéric Roustan

Vendredi 29 janvier 2021, de 14h-15h30

« Migrations et intermédiations migratoires entre les empires français et japonais en Asie-Pacifique, 1870-1954 »

Frédéric Roustan, historien, spécialiste du Japon, maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2, affilié à l’IAO.

Résumé : Entre la fin du Shogunat Tokugawa et le début de l’Ère Meiji, des Japonais recommencent à circuler hors de leur territoire, depuis Nagasaki vers Hong Kong et Shanghai, mettant à profit les réseaux marchands chinois qui n’avaient jamais cessé de relier le Japon au continent. Rapidement, la circulation et la migration des Japonais s’étend vers les territoires de la péninsule indochinoise. Evoluant en nature et en nombre, leur présence en Indochine se complexifie tout au long de la domination coloniale française, pour d’ailleurs y perdurer une fois les Français partis. Nous présenterons une tentative d’histoire connectée entre les territoires de l’Empire japonais et ceux de l’Indochine française à partir des trajectoires de vie des migrants japonais entre les années 1880 et 1950.

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Séminaire de Myriam de LoenzienVendredi 11 décembre, de 14h à 15h30

« Donner naissance au Viêt Nam : quelle est la place des femmes ? »

Myriam de Loenzien est socio-démographe et directrice de recherches au Ceped (université de Paris-IRD).  

Résumé : Le Viêt Nam est marqué depuis quelques décennies par un recours croissant à la césarienne dans un contexte de forte médicalisation de l’accouchement.  Dans cette étape cruciale de leur vie, quelle est la place des femmes ? Pour répondre à cette question, nous explorerons les résultats d’enquêtes nationales et les données plus qualitatives d’une étude pluridisciplinaire en cours menée dans plusieurs hôpitaux au Nord, au Centre et au Sud du pays. Nous étudierons les enjeux de l’autonomisation des femmes en lien avec le choix du mode d’accouchement et évoquerons quelques dispositifs qui pourraient être mis en œuvre pour la promouvoir.

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Séminaire de Rémy MadinierVendredi 27 novembre, de 14h à 15h30

« L’islam en Asie du Sud-Est : réflexions géo-historiques »

Rémy Madinier, chercheur au CNRS (IAO), est historien de l’Indonésie contemporaine. Il a notamment publié : L’Indonésie, entre démocratie musulmane et Islam intégral (Karthala, 2012)

Résumé : Point de confluence des civilisations indienne et chinoise, terre de colonisation occidentale, l’Asie du Sud-Est est une région très ouverte aux influences extérieures dont la mondialisation à l’œuvre de nos jours n’est que le dernier avatar. L’objectif de cette conférence est de replacer l’histoire contemporaine de l’Islam en Asie du Sud-Est dans un contexte plus large : celui de l’insertion d’une religion à vocation universelle dans une aire de civilisation fortement marquée par des identités religieuses plurielles. Il s’agira donc d’une part d’explorer le poids politique, culturel et social pris par l’Islam dans les différents pays de la région mais également de réfléchir à la manière dont ces diverses communautés se situent dans les débats en cours qu’imposent désormais un monde globalisé.

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Séminaire de Natacha AvelineVendredi 13 novembre 2020, de 14h à 15h30. 

« Japon-Chine, d’une bulle immobilière à l’autre ? »

Natacha Aveline, directrice de recherche au CNRS

Résumé : Au début des années 1990, le Japon a subi l’explosion d’une bulle immobilière de grande amplitude. Aujourd’hui, la Chine est à son tour en proie à une flambée d’une envergure sans précédent sur les marchés résidentiels. Survenus à vingt-cinq ans d’intervalle, ces deux mécanismes spéculatifs présentent plusieurs caractères communs, en premier lieu d’être issus de l’approche productiviste d’États « développeurs ». Cependant, la comparaison atteint vite ses limites face à la singularité du processus d’urbanisation en Chine et à la régulation multiforme de l’investissement immobilier par l’État-Parti. La notion de bulle doit donc être reconsidérée pour caractériser les dynamiques à l’oeuvre sur les marchés résidentiels chinois.

Consulter le PowerPoint de la conférence de Natacha Aveline

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Séminaire de Gilles GuiheuxVendredi 16 octobre 2020, de 14h-15h30

« Où en est la classe ouvrière chinoise ? Le cas de l’industrie du prêt-à-porter »

Gilles Guiheux, professeur à Université de Paris, chercheur au CESSMA et membre senior de l’IUF.

Résumé : La littérature sociologique consacrée à la classe ouvrière chinoise depuis 3 décennies a longtemps insisté sur les formes de domination et d’exploitation, conséquences de la marchandisation du travail et de la globalisation de l’économie. Elle a pointé les mauvaises conditions de travail et la faiblesse des rémunérations. Au début des années 2010, la montée des résistances a semble-t-il sonné le glas de ce modèle. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelles sont les capacités de la classe ouvrière chinoise à faire valoir ses intérêts alors que la crise sanitaire entraîne dans son sillage une crise sociale d’une ampleur inégalée. Cette communication s’appuiera sur des enquêtes conduites auprès d’ouvriers de l’industrie de la confection.

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Séminaire d'Anne-Christine TrémonVendredi 2 octobre 2020, de 14h-15h30

« La fin du rêve migratoire : transformation de la relation économico-morale avec la diaspora dans un ancien village d’émigration, Shenzhen (Chine) »

Anne-Christine Trémon,  anthropologue de la Chine, maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne.

Résumé : Les habitants natifs des villages d’émigration de Shenzhen ne sont plus les pauvres paysans dépendants de leurs riches cousins à l’outre-mer qu’ils étaient encore il y a quelques décennies. L’essor fulgurant de Shenzhen, mégapole chinoise dont ces villages sont devenus des quartiers, a rendu le départ à l’étranger moins attractif. J’examine comment, dans ce contexte de mutations accélérées, le sens conféré à l’émigration a changé en même temps que la relation économique et morale à la diaspora. Prendre pour objet cette relation a supposé de mener une enquête multisite, mais aussi multiscalaire, attentive aux actionnements d’échelle par les acteurs eux-même, ainsi qu’à la valence morale qu’ils confèrent aux échelles.

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2019-2020

Vendredi 15 mai 2020, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

Alain Delissen, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de la Corée moderne et contemporaine, historien de la Corée coloniale

Cette conférence est annulée.

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Vendredi 24 avril 2020, de 14h à 15h30

Cette séance aura lieu en visioconférence. Pour les personnes intéressées, contacter Arnaud Nanta pour une inscription préalable, à l’adresse arnaud.nanta@ens-lyon.fr

« Ni science, ni religion : inventer les superstitions dans le Japon du début du XXe siècle»

Matthias Hayek est maître de conférence à l’université de Paris-Paris Diderot, historien des croyances et des savoirs du Japon prémoderne

Résumé : Durant les deux premières décennies du XXe siècle, observe la multiplication d’ouvrages et de discours consacrés à la lutte contre un « ennemi » de la « modernité » en marche : les superstitions, meishin, ces croyances aussi fausses que désuètes, qui maintiennent le « peuple » dans l’ignorance et l’empêche d’embrasser de nouveaux idéaux.

Que sont exactement ces meishin, qui sont leurs détracteurs, et dans quel contexte intellectuel s’inscrit cette nouvelle critique ? En apportant quelques éléments de réponse à ces questions, nous verrons comment la création des superstitions procède autant de l’avènement de la science que de celui la religion moderne, toutes deux unies contre cet ennemi commun, cet héritage encombrant d’un passé qu’il fallait malgré tout valoriser pour construire la « patrie ».

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Séminaire de Mamié MISAWA, , Debate over “comfort women” and public memories in Taiwan.

Vendredi 13 mars 2020, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

«Debate over “comfort women” and public memories in Taiwan »

Mamié Misawa, est Professeure à l’université Nihon (Tokyo), historienne du Taiwan colonial et spécialiste d’histoire du cinéma. Actuelle présidente de la Société japonaise des études taiwanaises, elle est professeure invitée à l’ENS de Lyon.

Résumé :   Speaking of the Japanese military’s sexual slavery “comfort women”, discussions have been centered on the Korean victims, although there also have existed Taiwanese victims. Why is it harder to receive the voices from Taiwan? This involves the difficulty of forming public memories among different ethnic groups in the process of pursuing the transitional justice of Taiwan after the democratization. This lecture summarizes the quarter-century debate over “comfort women” issue in Taiwanese newspapers since the emergence of the issue and examines the difference between two documentary films which depicted Taiwanese survivors of former “comfort women” in 1998 and in 2015. 

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Jeudi 13 février 2020, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« L’abolition des frontières de genres : regards sur le film coréen Mother de Bong Joon-ho 2009 »

Safa Gharsalli, docteure en sciences culturelles, chercheuse associée à ENS Lyon, IAO, maitre-assistante de l’enseignement supérieur à Institut supérieur des Beaux- Arts de Sousse/ Tunisie.

Résumé : Nous examinerons l’esthétique de la ’’réappropriation’’ des genres dans le cinéma coréen à travers l’œuvre Mother de Bong Joon-ho qui a fait jaillir une nouvelle approche cinématographique. Notre attention voyagera de ladite réappropriation des genres vers l’emparement de l’œuvre cinématographique d’un cinéma d’auteur à la recherche d’une image rythmique et pathétique. L’étude visera l’évolution perpétuelle de la trame narrative vers un éclectisme spécifique qui le différencie de celui adoptant une cadence narrative qui est considérée comme un courant habituel du cinéma asiatique.

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Vendredi 17 janvier 2020 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070)

« Les coulisses du monde (de) Guanyin : les facettes sociologiques d’un pèlerinage dans la Chine contemporaine »

Claire Vidal , Anthropologue spécialiste de la Chine, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2 affiliée à l’IAO

Résumé : L’île du Putuoshan accueille des milliers de voyageurs venus d’Asie pour rendre un culte au bodhisattva Guanyin espérant bénéficier de ses faveurs. Transformé par les mutations récentes de la société post-maoïste, le Putuoshan est multiple; c’est tout à la fois un haut lieu de pèlerinage depuis le Xe siècle célébré comme l’une des quatre montagnes saintes du bouddhisme chinois, et un site touristique riche d’une économie presque entièrement tournée vers les activités d’accueil. Se rendre sur l’île où Guanyin se manifeste, c’est faire l’expérience de sa présence, suggérée ou mise en scène par le biais de dispositifs spatiaux, mythologiques et technologiques. Arrivés sur le site, les voyageurs imaginent alors leur pèlerinage façonnant leur propre expérience du divin.

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Vendredi  6 décembre 2019 de 14h à 15h30, Amphithéâtre Descartes, ENS de Lyon 

« Les shunga 春画 (Images de printemps) dans le Japon d’Edo (XVIIe –XIXe s.) »

Pierre François Souyri, Professeur émérite, université de Genève, historien du Japon

 Résumé : L’époque d’Edo (1603-1867) se décrit souvent elle-même comme ouverte à un « esprit de plaisir ». Les images de printemps s’inscrivent dans un contexte qui a évolué au cours des siècles sans se déprendre pour autant de cet esprit de plaisir, parfois réprimé. Plus qu’une représentation réaliste des mœurs, les estampes érotiques étaient des allégories du plaisir sexuel tel qu’il était alors fantasmé mais par leur accessibilité à toutes les couches de la populations, femmes et hommes, elles eurent une dimension de phénomène social qui interpelle l’historien.

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Vendredi 29 novembre 2019 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070) 

 « Les œuvres d’art occidental dans la collection du musée Chimei à Taiwan »

Liu Chiao-Mei est professeure associée à l’Université nationale de Taiwan où elle enseigne l’art contemporain et l’historiographie de l’art.

Résumé : Le musée Chimei à Tainan attire un grand nombre de visiteurs nationaux et d’amateurs d’art internationaux depuis son inauguration en 2015. L’immeuble classicisant du musée incarne l’idéal de palais d’art du fondateur, tandis que sa fontaine en fait un pastiche de palais italiens et de jardins de style versaillais. Inspirée par les visites de jeunesse du fondateur au musée d’éducation de Tainan, d’accès gratuit durant la période coloniale japonaise à Taiwan (1895-1945), la collection du musée Chimei illustre la manière dont une collection privée s’est développée en un musée d’art renommé dans le contexte de la croissance économique de l’Asie orientale depuis les années 1990. Cette conférence réfléchira sur les caractéristiques des œuvres d’art du musée et sur le rôle de cette collection en matière d’éducation et de recherche à Taiwan.

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Mathieu Guérin - Colonisation et transformation des territoires au CambodgeVendredi 22 novembre 2019 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070) 

 « Colonisation et transformation des territoires au Cambodge »

Mathieu Guérin, maître de conférence à l’INALCO (UMR8170 CASE), historien du Viêtnam

Résumé : La colonisation européenne s’est accompagnée d’une prise en charge de territoires, à différentes échelles, par les colonisateurs. Comme le montre l’exemple de la Terre de Kampong Svay au Cambodge, devenue résidence puis province de Kampong Thom, cette intervention extérieure a entrainé une redéfinition des territoires, de leur espace, de leur gouvernance, de leur rapport à l’État et de leur économie. Les paysages et l’environnement porte les traces de ces évolutions. Leur étude permet de saisir les conséquences tant sociales, politiques, économiques ou environnementales de la colonisation européenne pour les Cambodgiens aux XIXe et XXe siècles.

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Quoc-Thanh Nguyen - La culture maritime vietnamienne, le syncrétisme religieux des pêcheurs au sein de l’Asie du Sud-est Vendredi 8 novembre 2019 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070)

« La culture maritime vietnamienne, le syncrétisme religieux des pêcheurs au sein de l’Asie du Sud-est »

Quoc-Thanh Nguyen, chercheuse associée à l’IAO

Résumé : La culture maritime vietnamienne actuelle porte l’empreinte des plus importants courants culturels qui ont traversé le Vietnam les siècles passés. De nos jours, les cultes célébrés par les pêcheurs sont également marqués par ces courants. Animisme, Bouddhisme, Hindouisme voire Islam, les croyances des pêcheurs vietnamiens embrassent divers horizons et, en retour, ces dernières les enrichissent et les singularisent de la population de l’hinterland. Alors que le Vietnam tout entier se tourne aujourd’hui vers la modernité, les pêcheurs résistent, entretiennent et protègent leurs croyances séculaires : ainsi chez eux subsistent des pratiques oubliées par beaucoup de Vietnamiens.

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Catherine Jami - Itinéraires individuels et dynamiques des savoirs : sciences, techniques et médecine en Chine, XVIIe-XXe sièclesVendredi 4 octobre 2019 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070)

« Itinéraires individuels et dynamiques des savoirs : sciences, techniques et médecine en Chine, XVIIe-XXe siècles »

Catherine Jami, Directrice de Recherche au CNRS (UMR8173 CCJ), historienne des sciences en Chine

Résumé : On se propose de dresser un bilan du projet « Itinéraires individuels et circulation des savoirs scientifiques et techniques en Chine (XVIe-XXe siècle) » (ANR-09-SSOC-004), consacré à l’impact de la mobilité géographique des individus sur la dynamique spatiale des savoirs dans la Chine impériale tardive, dans laquelle le système de la fonction publique induisait un schéma spécifique de mobilité des élites. Les acteurs étudiés appartenaient à différents groupes socio-professionnels, certains d’entre eux ayant contribué à la mondialisation des savoirs. Dans un contexte de prééminence des études classiques, sanctionnées par les examens impériaux, divers lieux, milieux sociaux et champs de savoir ont été abordés.

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2018-2019

he justice ministry and the local courts : Early Meiji legal reforms

Vendredi 17 mai 2019 de 14h à 15h30, Salle de réunion de l’IAO (D4.070)

« The justice ministry and the local courts : Early Meiji legal reforms »

Lena Foljanty is a legal historian at the Max Planck Institute for European Legal History in Frankfurt, Germany.

Résumé : The legal reforms of the Meiji era are a widely studied topic. While research often concentrates on the new norms that were created, the lecture will offer a different perspective : that of legal practice. It will focus on the early Meiji period, when new courts were established. In tracing, how the new ideas on procedure and on the grounds of judgment were transmitted from the center to the local courts, the lecture will discuss the role of the justice ministry and of the local judges in the process of shaping a new and homogeneous culture of judgment.

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Les pétroglyphes de Sapa, province de Lào Cai, Vietnam. Comment déchiffrer la figuration d’un espace agraire en milieu montagnard

Vendredi 12 avril 2019, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Les pétroglyphes de Sapa, province de Lào Cai, Vietnam. Comment déchiffrer la figuration d’un espace agraire en milieu montagnard »

Philippe Le Failler est historien du Vietnam moderne et contemporain, maître de conférences de l’EFEO (IRASIA) ; il enseigne à Aix – Marseille Université.

Résumé : Sur les versants de la vallée de Mường Hoa, en contrebas de Sapa, se trouvent nombre de pétroglyphes. Une partie d’entre eux sont assimilables à de la cartographie gravée. La caractéristique des gravures tient à une représentation anthropisée du paysage avec une figuration des rizières, un parcellaire des cultures, des réseaux viaires et hydrauliques, ainsi que des implantations humaines. Cette cartographie sur roche de l’espace agro-montagnard n’a pas d’équivalent en Asie du Sud-Est. Elle dévoile les modes d’implantation humaine sédentaire (ou non) et d’exploitation du milieu, mais aussi les caractéristiques des hameaux et villages, autant d’éléments qui peuvent nous permettre d’en saisir l’état démographique, économique et social.

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Vendredi 15 mars 2019, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« How Meiji Japan governed Foreigners : Foundation of Treaty Revision »

Iokibe, Kaoru est professeur à la faculté de Droit de l’université de Tokyo, spécialiste en histoire politique et diplomatique japonaise

Résumé : Based on the new interpretations of treaty revision, this lecture analyses how Meiji government strove to control the foreigners that resided Japanese territory under the protection of treaty privileges. This will hopefully leads us to the deeper understanding of the nation state building of Japan.

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Vendredi 15 février 2019, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« L’ethnologie et l’institution muséale au Japon de l’Attic museum au Musée national d’ethnologie (le Minpaku) « 

Alice Berthon, ATER à l’université de Grenoble-Alpes, Jeune chercheuse associée au Centre d’études japonaises (CEJ) de l’Inalco et au Centre de recherches sur le Japon (CRJ) de l’EHESS

Résumé : Le premier musée national d’ethnologie au Japon est fondé en 1974. Les sciences anthropologiques qui se développent dès la fin du 19e siècle ne sont pourtant pas insensibles à la production matérielle des cultures qu’elles étudient. Preuve en est notamment avec l’Attic museum, qui désigne à la fois la société d’étude fondée par Shibusawa Keizō (1896-1963) en 1921 et la collection d’objets conservée dans le grenier d’un débarras appartenant à ce dernier. Partant de l’Attic museum, on s’intéressera au rapport entre sciences anthropologiques, culture matérielle et institution muséale au Japon pour remettre en perspective la naissance du Minpaku, et nous en profiterons pour revenir sur quelques enjeux contemporains liés à l’exposition de la culture japonaise dans ce musée.

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Seminaire Béatrice L’Haridon

Vendredi 7 décembre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Kang Youwei : la modernité chinoise inscrite dans les Classiques »

Béatrice L’Haridon, Historienne de la pensée chinoise Maître de conférences à l’Université Paris Diderot, chercheuse au CRCAO

Résumé : Kang Youwei 康有爲 (1858-1927), figure-clef de la « Réforme des cent jours » (wuxu bianfa 戊戌變法) qui visait à réformer rapidement le régime impérial chinois, rédigea après l’échec de cette réforme et l’exil une série de commentaires portant sur des textes classiques. Dans le cadre de cette communication, nous questionnerons le rapport entre commentaire traditionnel et modernité, en nous appuyant sur un texte relativement peu exploré, le Commentaire du chapitre « Evolution des rites » (Liyun zhu 禮運注), dans lequel Kang Youwei élabore certaines des notions, égalité, unité, liberté, au centre de la modernité qu’il appelle de ses vœux. Ces mêmes notions se retrouveront dans son fameux Livre de la Grande unité (Datong shu 大同書), utopie politique dont il refusa la publication de son vivant.

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Une autre sorte de textes-trésors : les archives tibétaines et les mondes qu’elles dissimulent

Vendredi 30 novembre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Une autre sorte de textes-trésors : les archives tibétaines et les mondes qu’elles dissimulent »

Charles Ramble, Directeur d’études à l’EPHE-PSL, CRCAO (UMR8155), Paris

Résumé : Plusieurs publications de propagande chinoises des années 1960 contiennent des photographies de Tibétains joyeux autour de bûchers de documents juridiques et administratifs. Bien que ces documents aient été considérés comme des symboles de l’oppression sociale et économique pour les Chinois, ils offraient aussi une fenêtre sur la vie quotidienne et les difficultés des villageois ordinaires, des fenêtres qui ont été effectivement fermées à jamais par ces actes d’autodafé. Plus récemment, l’immense valeur de ce genre de sources pour notre connaissance de l’histoire sociale des sociétés tibétaines a été démontrée par la découverte de collections d’archives dans les régions himalayennes voisines de la Région Autonome du Tibet. Ces collections, qui appartiennent à des temples, des maisons privées ou des communautés villageoises, montrent une grande variété de documents, tels que les testaments, les contrats, les affaires juridiques, et même des codes de droit local. Cette présentation vise à montrer que les obstacles à surmonter pour leur acquisition et leur déchiffrage sont abondamment récompensés pour le tableau fascinant que ces documents, datant du XVIIe et jusqu’au XIXe siècle, dressent de la vie des « gens sans histoire ».

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Histoire et pluralité - Autour du livre de Karatani Kōjin, Les origines de la philosophie

Vendredi 16 novembre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Histoire et pluralité – Autour du livre de Karatani Kōjin, Les origines de la philosophie »

Michael Lucken, Professeur à l’INALCO, Historien du Japon moderne

Résumé : Les origines de la philosophie (Tetsugaku no kigen, 2012) de Karatani Kōjin n’est pas seulement une tentative de réévaluer l’héritage des présocratiques au détriment de la tradition platonicienne et aristotélicienne, c’est aussi une forme de défi aux études asiatiques. Qu’est-ce qu’un historien du Japon peut avoir à dire d’un ouvrage japonais sur la Grèce antique ? Et à l’inverse : de quels messages ce texte est-il porteur à destination du spécialiste de l’Asie ? Pour répondre à ces questions, j’essaierai dans un premier temps de montrer comment Les origines de la philosophie s’inscrit dans une histoire japonaise des études helléniques et du matérialisme marxien. J’examinerai ensuite comment les questions de la pluralité et de la praxis qui sont au cœur de cet ouvrage peuvent faire évoluer notre compréhension du travail de l’historien.

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La notion de sécurité nationale en République Populaire de Chine

Vendredi 9 novembre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« La notion de sécurité nationale en République Populaire de Chine »

Juliette Genevaz est le chercheur Chine à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM).

Résumé : La conférence expliquera l’importance qu’a prise la notion de sécurité nationale en République Populaire de Chine depuis 1989. Le parti communiste chinois a usé d’outils divers pour faire de ce thème une priorité de sa politique. Sous Jiang Zemin (1989-2002), le parti-Etat promulgua plusieurs lois à cet effet. Hu Jintao, qui lui succéda au secrétariat général du parti, redefinit les missions de l’Armée Populaire de Libération pour en faire un instrument de sa politique étrangère. Xi Jinping, finalement, a créé de nouvelles institutions pour centraliser la mise en oeuvre des diverses politiques liées à la question de la sécurité nationale.

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Une frontière impossible à garder » ? Le défi quotidien du maintien de l’ordre entre Chine et Viet Nam (1895-1940)

Vendredi 26 octobre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Une frontière impossible à garder » ? Le défi quotidien du maintien de l’ordre entre Chine et Viet Nam (1895-1940) « 

Historien et enseignant, Johann Grémont est cadre en administration centrale. Ses recherches portent sur le maintien de l’ordre dans les colonies.

Résumé : Conséquence des traités de 1883 et 1884 qui placèrent le Tonkin sous protectorat français, l’affirmation de l’ordre colonial aux confins de l’Empire fut le fruit d’une entreprise diplomatico-militaire délicate et de longue haleine dans un environnement troublé. A partir de 1896, les officiers français basés dans un chapelet de postes, et épaulés par leurs partisans, luttent en collaboration avec leurs homologues situés du côté chinois contre toutes les formes de crimes se jouant de la frontière, du banditisme aux trafics en passant par les rébellions. L’analyse des mécanismes mis en œuvre pour contrôler la frontière permet de mettre en valeur l’équilibre fragile dans lequel s’inscrit l’exercice d’une police frontière où les troupes supplétives jouent au final un rôle de premier plan.

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Seminaire Rémy Madinier

Vendredi 12 octobre 2018, Salle de réunion de l’IAO (D4.070), de 14h à 15h30

« Les jésuites et l’islam en Indonésie de 1896 à nos jours »

Rémy Madinier, chercheur au CNRS (Centre Asie du Sud-Est), est historien, spécialiste de l’islam et des relations islamo-chrétiennes en Indonésie.

Résumé : Parvenus tardivement au contact des Javanais, les jésuites ont réussi, en quelques décennies, à ancrer solidement la minorité catholique au cœur du paysage spirituel indonésien. Cette communication analysera les ressorts religieux, éducatifs et sociologiques de cette insertion réussie, unique à l’échelle du monde musulman. A travers l’histoire de leurs relations avec la communauté musulmane, elle s’attachera plus particulièrement au rôle des membres de la Compagnie de Jésus dans la genèse et l’évolution du compromis institutionnel original qui, aujourd’hui encore, organise la place des religions au sein de l’Etat indonésien.