Séminaire de l’IAO : Christopher Goscha

Christopher Goscha, professeur à l’UQÀM (Québec), historien du Viêt Nam au 20e siècle.

Résumé : En 2022, Emmanuel Macron a effectué une visite officielle à Alger pour réaliser une « réconciliation mémorielle » entre les sociétés française et algérienne sur la guerre qui les a déchirées (1954-1962). En 2020, il avait confié à l’historien B. Stora une « mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». Ces démarches tentaient d’affronter le passé, les tensions entre les deux pays et des problèmes d’intégration, et elles avaient sans doute des objectifs politiques. De façon frappante, la guerre d’Indochine reste dans l’ombre de l’Algérie dans la mémoire française, alors que pourtant le conflit indochinois (1945-1954), qui a opposé la France au Vietnam d’Hô Chi Minh, fut la guerre de décolonisation la plus violente du 20ème siècle. Comment expliquer cet oubli relatif du Vietnam à une époque où la France semble plus prête qu’auparavant à regarder son passé colonial en face ? Christopher Goscha tentera de répondre à cette question.

Séminaire de l’IAO : Cécile Brice-Asanuma

Cécile Brice-Asanuma, codirectrice du laboratoire Mitate (CNRS) sur l’après Fukushima. Elle a publié : Fukushima, 10 ans après, sociologie d’un désastre

Résumé : En 2023, 12 ans après l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais prend la décision de rouvrir la quasi intégralité de l’ancienne zone évacuée. Dans ce contexte, la commune de Namie a été choisie afin de représenter le fleuron international de la résilience urbaine après un accident nucléaire. La reconstruction qui s’en suit, engendre de nombreuses controverses, dans un contexte environnemental où la pollution est toujours présente. Après un retour sur l’histoire des lieux, nous analyserons la nature de la reconstruction, les politiques de redynamisation économiques et démographiques, afin de dresser un premier bilan prospectif de la situation.

L’atelier : Concepts voyageurs, approches aréales

Cet atelier vise à examiner la manière dont les concepts circulent d’une société à l’autre, dont celles-ci s’en emparent, en modifient le sens et en font usage, produisant parfois des effets insoupçonnés. Cet atelier s’appuie sur des terrains d’enquêtes situés à travers le monde, hors des frontières nationales, en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe, aux Amériques ou en Océanie. Il entend mobiliser les chercheurs et laboratoires de l’ENS de Lyon et des universités lyonnaises désireux de confronter leurs expériences de terrains et les ajustements de sens auxquels il donnent lieu.

Les organisateurs de l’atelier :

Frédéric Abécassis, ENS de Lyon, LARHRA
Pierre-Emmanuel Bachelet, ENS de Lyon, IAO
Mohamed Ben Mansour, ENS de Lyon, Triangle et Labex COMOD
Rémy Madinier, CNRS, IAO

Séminaire de l’IAO : Victor Louzon

Victor Louzon, maître de conférences à Sorbonne Université et chercheur au laboratoire Sirice.

Résumé : En 1947, un bref soulèvement, « l’Incident du 28 février », agita Taiwan contre le pouvoir chinois du Kuomintang après que la Chine eut récupéré l’île en 1945, mettant fin à cinquante ans de colonisation japonaise. Rapidement et brutalement réprimé, il est aujourd’hui au cœur des luttes mémorielles qui agitent Taiwan, avec pour enjeu la légitimité de la souveraineté chinoise sur l’île. Dans cet ouvrage, Victor Louzon se penche sur les mécanismes et la genèse de cette éruption de violence. Il l’analyse à la lumière de cinquante ans de relations sino-japonaises, en particulier la guerre de 1937-1945.

Séminaire de l’IAO : Elisabeth Chabanol

Elisabeth Chabanol,  EFEO, archéologue, spécialiste de la péninsule coréenne

Résumé : Les sources historiques écrites relatives à la construction des enceintes successives de la ville de Kaesong, dans la péninsule coréenne, documentent partiellement et partialement l’évolution de cette ancienne capitale du royaume de Koryŏ (918-1392). Avec le développement rapide de la ville et la priorité stratégique de la Zone économique spéciale de Kaesong, établie en 2004, la documentation des murailles et de leurs divers vestiges est devenue, d’un point de vue patrimonial, une question d’urgence. Après plusieurs années de recherche dans le archives du musée du Koryŏ de Kaesong et sur le terrain, un projet d’étude historique et urbaine se rapportant aux enceintes de la ville de Kaesong a été proposé à la Commission consultative pour les recherches archéologiques à l’étranger du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Sous son égide, en février 2011, la Mission archéologique à Kaesong, impliquant du côté français l’École française d’études asiatiques et du côté nord-coréen la National Authority for the Propection of Cultural Heritage (NAPCH, Corée du Nord), a été créée.

Séminaire de l’IAO : Christine Mengin

Christine Mengin est professeure émérite d’histoire de l’architecture de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

Résumé : Métropole majeure, Tianjin est cependant largement ignorée par la recherche occidentale, en dépit de son importance dans l’histoire de la Chine moderne. Port de Pékin et centre économique prospère, elle a dû accueillir neuf concessions occidentales, et est devenue sous l’impulsion des élites impériales puis républicaines une ville pionnière de la modernisation chinoise, centrale pour comprendre le rapport de la Chine à l’Occident. Publié en deux versions, française et chinoise, l’ouvrage présenté réunit à parts égales des contributions de chercheurs de Tianjin et de chercheurs occidentaux, croisant les approches académiques respectives sur un même objet historique – cette histoire architecturale et urbaine singulière.

Séminaire DISTAM : L’apport des Humanités numériques à la recherche historique : SIG et Web sémantique en Centre Vietnam

La présentation porte sur la région du Centre Vietnam, avec la problématique de l’analyse du changement du paysage sur le temps long. Grâce à la plateforme Oronce Fine, basée sur l’outil Omeka S, nous décrirons comment il est possible d’enrichir par des annotations graphiques et sémantiques des données de recherche (cartes anciennes, d’orthophotographie aérienne, photographies de terrain…). Nous montrerons comment, grâce aux annotations, nous avons pu enrichir les données représentées par un réseau de documents, naviguer dans le corpus d’une manière nouvelle, mais aussi mettre en place une méthodologie pour commencer à analyser plus finement les enjeux historiques liés au changement du paysage sur le temps long.

Séminaire de l’IAO : Coraline Jortay

Coraline Jortay est chercheuse au CNRS, historienne des politiques linguistiques en Chine au 20e siècle

Résumé : Comment envisager la construction linguistique nationale en Chine républicaine (1912-1949) au regard de la diversité des voix qui prennent part à ces réformes ? En retraçant la venue d’une délégation d’institutrices féministes de Tianjin au congrès annuel de l’Association nationale pour le progrès de l’éducation, organisé à Nankin en juillet 1924, cette conférence interroge la manière dont la militance féministe investit le champ de l’unification et de l’enseignement de la langue, notamment à travers une réflexion sur les rapports entre féminisme et patronymie, réformes grammaticales et orthographiques et alphabétisation de la population.

6e Rencontre IAO / IrAsia : Le genre en Asie

Programme

14:00-14:15 : Kanae Sarugasawa, présentation de l’axe Genre en Asie

14:15-14:45 : Pauline Cherrier, « L’accompagnement à la naissance en terre étrangère : une amorce de terrain auprès des doulas brésiliennes au Japon »
14:45-15:00 : discussion

15:00-15:15 : pause

15:15-15:45 : Li Siyu, « Concourir comme un homme ? La carrière des femmes qui ont réussi les premiers Gaokao après la Révolution Culturelle »
15:45-16:00 : discussion

16:00-16:30 : Cao Vy, « Genre et sociabilités dans les espaces publics à Hô Chi Minh-ville (Vietnam) » : Rapport d’étude pour le diplôme de Sciences Po Rennes et perspectives nouvelles de recherche
16:30-16:45 : discussion 

Biographies  des intervenant·e·s :

Kanae Sarugasawa est enseignante-chercheuse à l’IrAsia (CNRS/AMU) et chercheuse associée à l’IFRAE (CNRS/Inalco/Université de Paris Cité). Ses recherches portent sur le stigmate, l’agentivité et la mobilisation des populations marginales dans le Japon contemporain, notamment des mères célibataires (thèse doctorale) et des travailleur·se·s du sexe (recherches actuelles). 

Pauline Cherrier est MCF en études japonaises à l’université d’Aix Marseille actuellement en délégation CNRS au laboratoire IrAsia. Ses recherches portent sur la politique migratoire dans le Japon contemporain, la diaspora japonaise dans les Amériques (et en particulier au Brésil), le métissage et plus généralement la place des minorités dans le Japon contemporain. 

Li Siyu, sociologue et historienne de formation. Maître de conférence à l’Université Aix-Marseille et membre de l’Irasia. Ses recherches se concentrent sur le processus social de la quantification et, en particulier, le rôle de l’évaluation chiffrée dans la légitimation des élites. Par le passé, elle a étudié le concours national d’entrée aux universités en Chine, mobilisant la sociologie de la quantification, de l’éducation et l’anthropologie économique. Elle explore actuellement la transmission et les bouleversements du statut d’élite pendant et après la Révolution Culturelle chez les élites féminines.

Cao Vy est doctorant en histoire et littérature à l’IRASIA. Ses recherches doctorales portent sur l’histoire du livre imprimé en vietnamien romanisé et les effets du développement de l’imprimerie sur les populations vietnamiennes de la Cochinchine. Vy est également chercheur associé à la Bibliothèque nationale de France (2022-2024) et membre du Bureau des jeunes chercheur.e.s du GIS Asie (2021-2023).

Séminaire de l’IAO : Sébastien Lechevalier

Sébastien Lechevalier est directeur d’études à l’EHESS et président de la Fondation France-Japon. Ses recherches portent sur plusieurs dimensions de l’économie japonaise, des inégalités à l’innovation.

Résumé : Au Japon, alors que le niveau réel des inégalités de revenus est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible. Cela provient principalement d’une forte croyance en l’égalité d’opportunités, même si celle-ci a sensiblement baissé parmi les jeunes. Cela explique pourquoi la demande pour la redistribution est plus faible au Japon qu’ailleurs. Dans ce contexte, Fumio Kishida a été élu Premier ministre en septembre 2021 sur la base d’un programme promouvant un « nouveau capitalisme », censé réconcilier efficience et équité. C’est reconnaître l’importance d’un retour à la cohésion sociale qui faisait autrefois la force de l’économie japonaise. L’objectif de cette présentation est de comprendre les raisons du faible soutien de la population japonaise à la redistribution par le gouvernement et les implications pour le succès du programme de nouveau capitalisme.

Références:

Why do Redistributive Policies Differ across Countries? Analyzing the Multiple Dimensions of Preferences for Redistribution

Au Japon, « alors que le niveau des inégalités de revenus y est plus élevé que la moyenne de l’OCDE, leur perception y est plus faible »

改革へ社会的一体性、再生を 「新しい資本主義」の課題