État des lieux de la recherche sur les droits asiatiques

Le droit, « invention » par excellence de la Rome antique, serait la marque singulière de la culture occidentale. En Europe et aux Etats-Unis, les études oriental(ist)es ont longtemps posé le droit comme critère ultime de modernité, divisant le monde entre un Occident réglé par le droit et un Orient sans droit ; ce dernier se serait ensuite modernisé par un processus d’occidentalisation, largement juriciste. Comme l’écrit Jean Escarra, « l’opposition traditionnellement établie entre l’Orient et l’Occident ne se rencontre nulle part plus nette que dans le domaine du droit. Les peuples dits de civilisation occidentale vivent tous, à des degrés variables, sur une conception gréco-romaine de la loi [qui fonctionne avec des tribunaux et un corps de « doctrine »]. Ces caractères s’effacent à mesure que l’on s’avance vers l’est. Aux extrémités de l’Asie, la Chine, dans le puissant faisceau de valeurs spirituelles et morales qu’elle a créé et qu’elle a longtemps projeté sur tant de nations voisines : Corée, Japon, Annam, Siam, Birmanie, n’a fait à la loi et au droit qu’une place inférieure ». (Le droit chinois, Sirey, 1936). Par conséquent, le droit en Asie ne serait ni essentiel ni « tout-à-fait du droit ». Cette opinion est-elle pertinente ? Quel est l’état de nos connaissances sur les droits asiatiques aujourd’hui ? A quels enjeux méthodologiques et épistémologiques devons-nous faire face dans notre démarche comparative ? Notre séminaire vise à répondre à ces questions et à revisiter nos catégories produites par la rencontre juridique entre « l’Orient et l’Occident ». 

Consulter le programme

Séminaire « Arts (cinéma), Asie, Anthropocène »

Rencontre et projection avec Mounir Allaoui

Dans le cadre du séminaire « Arts (cinéma), Asie, Anthropocène » de l’IAO en partenariat avec l’École Urbaine de Lyon et co-organisé par Elise Domenach, Clément Dumas et Alfonso Pinto, nous accueillons le mardi 7 juin Mounir Allaoui, spécialiste du cinéma japonais, qui viendra présenter le film de Kazuo Hara Extreme Private Eros: Love Song 1974. 

Présentation du réalisateur 
Né en juin 1945 dans la ville d’Ube, préfecture de Yamaguchi. Il fonde la société de production Shissoh Production avec Sachiko Kobayashi en 1972 et fait ses débuts de réalisateur la même année avec le documentaire Goodbye CP, qui traite de l’évolution des relations entre les personnes handicapées et les personnes valides. Le film suivant, Extreme Private Eros : Love Song 1974 dresse le portrait de l’ex-femme de Hara, Miyuki Takeda, qui l’avait quitté pour s’installer à Okinawa. Réalisé en 1974, il a été acclamé comme un « auto-documentaire » pionnier. En 1987, The Emperor’s Naked Army Marches On suivait l’ancien soldat Kenzo Okuzaki dans son combat acharné contre ses officiers supérieurs pour les rendre responsables de leurs actions pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film connaît un énorme succès et remporte le prix du meilleur nouveau film décerné par la Director’s Guild of Japan, le prix Caligari du Festival international du film de Berlin, le Grand Prix du Cinéma du Réel et de nombreuses autres récompenses. Il a présenté son premier film de fiction The Many Faces of Chika en 2005, dans lequel quatre actrices dépeignent la vie d’une seule femme.

Filmographie
1972 Goodbye CP  
1974 EXTREME PRIVATE EROS: LOVE SONG 1974
1987 The Emperor’s Naked Army Marches On
-Best Newcomer Award from the Director’s Guild of Japan
-The Berlin International Film Festival’s Caligari Film Award
-The Cinéma du Réel’s Grand Prix
1994 A Dedicated Life
-Topped film magazine Kinema Junpo’s Best 10 list of Japanese films for that year.
2005 The Many Faces of Chika
2017   Sennan Asbestos Disaster
2019   Reiwa Uprising
2020   Minamata Mandala

Renseignements 
Elise.domenach@ens-lyon.fr
Clement.dumas@ens-lyon.fr

Masterclass de traduction littéraire chinois-français

Traductrice littéraire du chinois vers le français depuis une quarantaine d’années, Emmanuelle Péchenart reviendra le 22 avril sur son parcours et ses publications, sur sa conception de la traduction comme sur sa façon concrète de la mettre en pratique, ainsi que sur la situation de la traduction littéraire aujourd’hui en France, en particulier sur la traduction depuis le chinois. Un entretien public sera suivi d’une séance de discussion avec l’assistance.

Les ouvrages traduits par Emmanuelle Péchenart comprennent notamment ceux de Bi Feiyu (Les Aveugles), Eileen Chang (La Cangue d’orLust. Caution), Ma Desheng (Rêve blanc, âmes noires), Xiao Bai (La Concession française), Zhang Xinxin (Le Partage des rôlesLe Courrier des bandits), Wuhe (Les Survivants), Qiu Miaojin (Dernières lettres de MontmartreLes Carnets du crocodile), etc.

Séminaire de l’IAO : Jean-François Klein

Jean-François Klein, Théophile Pennequin : penser la pacification en Indochine

Jean-François Klein, Professeur d’Histoire contemporaine en Histoire Maritime, portuaire et coloniale à l’Université de Bretagne-Sud et Chercheur à l’UMR 9016 TEMOS (Lorient)

Résumé : Il s’agit ici de présenter, depuis notre publication en 2021 chez Hémisphères éditions de la biographie du général Théophile Pennequin (1849-1916), « père » de ce que l’on appelé « l’école française de pacification » puis « l’école française de contre-insurrection ». Oublié de tous, y compris des militaires, Pennequin a pourtant été l’un des coloniaux important de son époque. Bâtisseur d’Empire, polyglotte, « indigénophile », il est aussi l’un des premiers haut-commis de l’Empire en Indochine à remettre en cause le système colonial tel qu’il existait à la veille de la Première Guerre mondiale. Son originalité réside avant tout dans la tactique qu’il pratiqua sur le terrain, et qu’il a, au fil des ans et des théâtres d’opération, fut élaborée en une stratégie raisonnée, destinée à réduire au plus juste le coût militaire et humain de la domination coloniale. Retour d’expérience couplé à la lecture des textes chinois sur la pacification des marches impériales chinoises. L’école de contre-insurrection que pensa Pennequin, en situation coloniale, fut tout autant française que chinoise.

Séminaire de l’IAO : Marie Laureillard

Marie Laureillard, Shanghai années 30 : caricature et littérature dans trois revues illustrées

Marie Laureillard, maîtresse de conférence HDR à Lyon 2, spécialiste de littérature et d’art chinois modernes

Résumé : Entre l’âge des seigneurs de la guerre et la guerre sino-japonaise, la décennie dite « de Nankin » (1928-1937) apparaît comme une trêve dans l’histoire tourmentée de la Chine du XXe siècle. La presse illustrée, stimulée par l’irruption massive de la culture occidentale dans les ports ouverts comme Shanghai, participe du projet de modernisation de l’époque, comme en témoignent Shanghai Sketch 上海漫畫 (1928-1930), Modern Sketch 時代漫畫 (1934-1937) et Furen huabao 婦人畫報 (1933-1937). Caractérisées par un foisonnement visuel et un éclectisme artistique, ces trois revues accordent une place de choix aux dessins de presse, qui tendent un miroir légèrement déformant à la classe moyenne urbaine. Cette conférence analysera la vision kaléidoscopique que ces trois revues ont produit de la vie à Shanghai et du reste du monde sur fond de tension sino-japonaise et de montée des fascismes.

Séminaire de l’IAO : Claude Chevaleyre

Inventorier, cartographier et contextualiser la traite en Chine impériale tardive Le projet « China Human Trafficking and Slaving Database »

Claude Chevaleyre, Chargé de recherches CNRS, historien de l’esclavage en Chine (14e-19e siècles)

Résumé : L’histoire de l’esclavage en Chine et en Asie n’est pas un champ nouveau. Les travaux menés récemment sur les traites européennes dans l’océan Indien à l’époque moderne lui ont néanmoins donné un nouveau souffle et font surgir de nouvelles problématiques. Cette conférence sera consacrée à la présentation du projet China Human Trafficking and Slaving Database, développé en collaboration avec l’International Institute of Social History. Elle reviendra notamment sur les problèmes historiographiques et méthodologiques liés à l’observation des flux de traite en Chine et sur leurs ramifications transnationales.

Séminaire de l’IAO : Laurent Nespoulous

conférence de Laurent Nespoulous

Laurent Nespoulous, maître de conférences à l’Inalco et archéologue, spécialiste de la Protohistoire japonaise (IFRAE / Trajectoires)

Résumé : L’écriture de l’histoire étant généralement le fait de sociétés étatisées, chaque pays tend à avoir sa propre perception de l’histoire et sa propre périodisation. Il en va encore souvent de même en archéologie, discipline née dans le contexte de formation des États-nations du xixe siècle. Aujourd’hui, en Europe, il existe une correspondance d’échelle entre le continent et chaque chronologie « nationale », permettant de dépasser ces cadres. Qu’en est-il au Japon, en Corée, en Chine ? Chacun de ces pays possède sa Préhistoire et son Antiquité. Il est fréquent de les comparer, d’évaluer les mouvements entre les uns et les autres lors des moments de grande transformation (agriculture, État, religion, pensée) des sociétés. Ces dynamiques sont alors souvent perçues comme partant d’un centre, une Chine mal définie, vers ses périphéries, la péninsule de Corée et l’archipel du Japon, au fil des soubresauts et convulsions d’un « monde sinisé ». Puis, sorti de ces moments perçus comme charnières, le régime normal du récit archéologique ou historique est enserré dans chaque territoire national. Il conviendrait donc de réfléchir à la possibilité d’une chronologie transrégionale.

Séminaire de l’IAO : Emmanuel Poisson

Conférence - Débat Emmanuel Poisson & François Guillemot présentent l'ouvrage de Cao Xuân Huy : En mars, fusils brisés

Emmanuel Poisson, professeur d’histoire sociale et économique du Vietnam classique et traducteur littéraire, Université de Paris

Au mois de mars 1975, un mois avant la chute de Saigon, le jeune lieutenant Cao Xuân Huy est fait prisonnier près de Huê. Dans un texte autobiographique qui fit des remous dans la communauté exilée, il relate la retraite et l’annihilation d’une unité de Marines sud-vietnamiens autour du 17e parallèle. Ce récit apocalyptique d’une armée en déroute, paru en 1986 aux États-Unis, est unique en son genre car les témoignages des « vaincus » restent largement inédits et inconnus du grand public. Pour resituer l’ouvrage, cette traduction française est accompagnée d’une introduction de deux historiens du Vietnam « Une guerre sans fard », d’un texte de l’écrivain Bao Ninh et d’une postface de l’écrivain Dô Khiêm. L’ouvrage est également agrémenté d’une bibliographie sur la guerre du Vietnam.