Séminaire de l’IAO. « Donner naissance au Viêt Nam : quelle est la place des femmes ? »

Myriam de Loenzien est socio-démographe et directrice de recherches au Ceped (université de Paris-IRD).

Résumé : Le Viêt Nam est marqué depuis quelques décennies par un recours croissant à la césarienne dans un contexte de forte médicalisation de l’accouchement.  Dans cette étape cruciale de leur vie, quelle est la place des femmes ? Pour répondre à cette question, nous explorerons les résultats d’enquêtes nationales et les données plus qualitatives d’une étude pluridisciplinaire en cours menée dans plusieurs hôpitaux au Nord, au Centre et au Sud du pays. Nous étudierons les enjeux de l’autonomisation des femmes en lien avec le choix du mode d’accouchement et évoquerons quelques dispositifs qui pourraient être mis en œuvre pour la promouvoir.

Séminaire de l’IAO. « Migrations et intermédiations migratoires entre les empires français et japonais en Asie-Pacifique, 1870-1954 »

Frédéric Roustan, historien, spécialiste du Japon, maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2, affilié à l’IAO.

Résumé : Entre la fin du Shogunat Tokugawa et le début de l’Ère Meiji, des Japonais recommencent à circuler hors de leur territoire, depuis Nagasaki vers Hong Kong et Shanghai, mettant à profit les réseaux marchands chinois qui n’avaient jamais cessé de relier le Japon au continent. Rapidement, la circulation et la migration des Japonais s’étend vers les territoires de la péninsule indochinoise. Evoluant en nature et en nombre, leur présence en Indochine se complexifie tout au long de la domination coloniale française, pour d’ailleurs y perdurer une fois les Français partis. Nous présenterons une tentative d’histoire connectée entre les territoires de l’Empire japonais et ceux de l’Indochine française à partir des trajectoires de vie des migrants japonais entre les années 1880 et 1950.

Séminaire de l’IAO. « L’islam en Asie du Sud-Est : réflexions géo-historiques »

Rémy Madinier, chercheur au CNRS (IAO), est historien de l’Indonésie contemporaine. Il a notamment publié : L’Indonésie, entre démocratie musulmane et Islam intégral (Karthala, 2012)

Résumé : Point de confluence des civilisations indienne et chinoise, terre de colonisation occidentale, l’Asie du Sud-Est est une région très ouverte aux influences extérieures dont la mondialisation à l’œuvre de nos jours n’est que le dernier avatar. L’objectif de cette conférence est de replacer l’histoire contemporaine de l’Islam en Asie du Sud-Est dans un contexte plus large : celui de l’insertion d’une religion à vocation universelle dans une aire de civilisation fortement marquée par des identités religieuses plurielles. Il s’agira donc d’une part d’explorer le poids politique, culturel et social pris par l’Islam dans les différents pays de la région mais également de réfléchir à la manière dont ces diverses communautés se situent dans les débats en cours qu’imposent désormais un monde globalisé.

Séminaire de l’IAO. « Japon-Chine, d’une bulle immobilière à l’autre ? »

Natacha Aveline, directrice de recherche au CNRS

Résumé : Au début des années 1990, le Japon a subi l’explosion d’une bulle immobilière de grande amplitude. Aujourd’hui, la Chine est à son tour en proie à une flambée d’une envergure sans précédent sur les marchés résidentiels. Survenus à vingt-cinq ans d’intervalle, ces deux mécanismes spéculatifs présentent plusieurs caractères communs, en premier lieu d’être issus de l’approche productiviste d’États « développeurs ». Cependant, la comparaison atteint vite ses limites face à la singularité du processus d’urbanisation en Chine et à la régulation multiforme de l’investissement immobilier par l’État-Parti. La notion de bulle doit donc être reconsidérée pour caractériser les dynamiques à l’oeuvre sur les marchés résidentiels chinois.

Séminaire de l’IAO. « Où en est la classe ouvrière chinoise ? Le cas de l’industrie du prêt-à-porter »

Gilles Guiheux, professeur à Université de Paris, chercheur au CESSMA et membre senior de l’IUF.

Résumé : La littérature sociologique consacrée à la classe ouvrière chinoise depuis 3 décennies a longtemps insisté sur les formes de domination et d’exploitation, conséquences de la marchandisation du travail et de la globalisation de l’économie. Elle a pointé les mauvaises conditions de travail et la faiblesse des rémunérations. Au début des années 2010, la montée des résistances a semble-t-il sonné le glas de ce modèle. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelles sont les capacités de la classe ouvrière chinoise à faire valoir ses intérêts alors que la crise sanitaire entraîne dans son sillage une crise sociale d’une ampleur inégalée. Cette communication s’appuiera sur des enquêtes conduites auprès d’ouvriers de l’industrie de la confection.

Séminaire de l’IAO. « La fin du rêve migratoire : transformation de la relation économico-morale avec la diaspora dans un ancien village d’émigration, Shenzhen (Chine) »

Anne-Christine Trémon, anthropologue de la Chine, maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne.

Résumé : Les habitants natifs des villages d’émigration de Shenzhen ne sont plus les pauvres paysans dépendants de leurs riches cousins à l’outre-mer qu’ils étaient encore il y a quelques décennies. L’essor fulgurant de Shenzhen, mégapole chinoise dont ces villages sont devenus des quartiers, a rendu le départ à l’étranger moins attractif. J’examine comment, dans ce contexte de mutations accélérées, le sens conféré à l’émigration a changé en même temps que la relation économique et morale à la diaspora. Prendre pour objet cette relation a supposé de mener une enquête multisite, mais aussi multiscalaire, attentive aux actionnements d’échelle par les acteurs eux-même, ainsi qu’à la valence morale qu’ils confèrent aux échelles.

Séminaire de l’IAO . Ni science, ni religion : inventer les superstitions dans le Japon du début du XXe siècle

Matthias Hayek est maître de conférence à l’université de Paris-Paris Diderot, historien des croyances et des savoirs du Japon prémoderne

Résumé : Durant les deux premières décennies du XXe siècle, observe la multiplication d’ouvrages et de discours consacrés à la lutte contre un « ennemi » de la « modernité » en marche : les superstitions, meishin, ces croyances aussi fausses que désuètes, qui maintiennent le « peuple » dans l’ignorance et l’empêche d’embrasser de nouveaux idéaux.

Que sont exactement ces meishin, qui sont leurs détracteurs, et dans quel contexte intellectuel s’inscrit cette nouvelle critique ? En apportant quelques éléments de réponse à ces questions, nous verrons comment la création des superstitions procède autant de l’avènement de la science que de celui la religion moderne, toutes deux unies contre cet ennemi commun, cet héritage encombrant d’un passé qu’il fallait malgré tout valoriser pour construire la « patrie ».

Séminaire de l’IAO. Debate over “comfort women” and public memories in Taiwan

Mamié Misawa est Professeure à l’université Nihon (Tokyo), historienne du Taiwan colonial et spécialiste d’histoire du cinéma. Actuelle présidente de la Société japonaise des études taiwanaises, elle est professeure invitée à l’ENS de Lyon.

Speaking of the Japanese military’s sexual slavery “comfort women”, discussions have been centered on the Korean victims, although there also have existed Taiwanese victims. Why is it harder to receive the voices from Taiwan? This involves the difficulty of forming public memories among different ethnic groups in the process of pursuing the transitional justice of Taiwan after the democratization. This lecture summarizes the quarter-century debate over “comfort women” issue in Taiwanese newspapers since the emergence of the issue and examines the difference between two documentary films which depicted Taiwanese survivors of former “comfort women” in 1998 and in 2015.

Séminaire « Arts (Cinéma), Anthropocène, Asie »

Michale Boganim – « La Terre Outragée (2011) : une fiction sur Tchernobyl à l’ère de Fukushima »

Nous présenterons et commenterons des extraits de notre film, La Terre Outragée, qui est sorti en salles l’année de la catastrophe de Fukushima, en 2011, et évoquerons la réception du film au Japon où il a été projeté dans de nombreux contextes. Nous présenterons les jalons de notre réflexion sur les imaginaires en échos de Tchernobyl et de Fukushima, évoquerons les questions de mise en scène posées par la représentation d’un danger invisible. La catastrophe nucléaire étant un danger qui s’étend dans le temps sur plusieurs milliers d’années, nous évoquerons comment ce phénomène a influencé l’écriture du scenario. La Terre outragée évoquant la catastrophe, mais aussi l’après catastrophe ; ce que Paul Virilio a appelé « une catastrophe en devenir ».

Réalisatrice, née en Israël, diplômée de la National Film School de Londres, Michale Boganim a réalisé le film de fiction La Terre outragée en 2011 (avec Olga Kurylenko), le documentaire Odessa Odessa en 2005.

Consulter le programme détaillé du séminaire

Séminaire de l’IAO. Les œuvres d’art occidental dans la collection du musée Chimei à Taiwan

Liu Chiao-Mei est professeure associée à l’Université nationale de Taiwan où elle enseigne l’art contemporain et l’historiographie de l’art.

Résumé : Le musée Chimei à Tainan attire un grand nombre de visiteurs nationaux et d’amateurs d’art internationaux depuis son inauguration en 2015. L’immeuble classicisant du musée incarne l’idéal de palais d’art du fondateur, tandis que sa fontaine en fait un pastiche de palais italiens et de jardins de style versaillais. Inspirée par les visites de jeunesse du fondateur au musée d’éducation de Tainan, d’accès gratuit durant la période coloniale japonaise à Taiwan (1895-1945), la collection du musée Chimei illustre la manière dont une collection privée s’est développée en un musée d’art renommé dans le contexte de la croissance économique de l’Asie orientale depuis les années 1990. Cette conférence réfléchira sur les caractéristiques des œuvres d’art du musée et sur le rôle de cette collection en matière d’éducation et de recherche à Taiwan.