Séminaire de l’IAO. « Théophile Pennequin : penser la pacification en Indochine. Retours d’expériences impériales et savoirs vernaculaires 1888-1910 »

Jean-François Klein, Professeur d’Histoire contemporaine en Histoire Maritime, portuaire et coloniale à l’Université de Bretagne-Sud et Chercheur à l’UMR 9016 TEMOS (Lorient)

Résumé : Il s’agit ici de présenter, depuis notre publication en 2021 chez Hémisphères éditions de la biographie du général Théophile Pennequin (1849-1916), « père » de ce que l’on appelé « l’école française de pacification » puis « l’école française de contre-insurrection ». Oublié de tous, y compris des militaires, Pennequin a pourtant été l’un des coloniaux important de son époque. Bâtisseur d’Empire, polyglotte, « indigénophile », il est aussi l’un des premiers haut-commis de l’Empire en Indochine à remettre en cause le système colonial tel qu’il existait à la veille de la Première Guerre mondiale. Son originalité réside avant tout dans la tactique qu’il pratiqua sur le terrain, et qu’il a, au fil des ans et des théâtres d’opération, fut élaborée en une stratégie raisonnée, destinée à réduire au plus juste le coût militaire et humain de la domination coloniale. Retour d’expérience couplé à la lecture des textes chinois sur la pacification des marches impériales chinoises. L’école de contre-insurrection que pensa Pennequin, en situation coloniale, fut tout autant française que chinoise.

Séminaire de l’IAO. « Inventorier, cartographier et contextualiser la traite en Chine impériale tardive Le projet « China Human Trafficking and Slaving Database » »

Claude Chevaleyre, Chargé de recherches CNRS, historien de l’esclavage en Chine (14e-19e siècles)

Résumé : L’histoire de l’esclavage en Chine et en Asie n’est pas un champ nouveau. Les travaux menés récemment sur les traites européennes dans l’océan Indien à l’époque moderne lui ont néanmoins donné un nouveau souffle et font surgir de nouvelles problématiques. Cette conférence sera consacrée à la présentation du projet China Human Trafficking and Slaving Database, développé en collaboration avec l’International Institute of Social History. Elle reviendra notamment sur les problèmes historiographiques et méthodologiques liés à l’observation des flux de traite en Chine et sur leurs ramifications transnationales.

Séminaire de l’IAO. « Shanghai années 30 : caricature et littérature dans trois revues illustrées »

Marie Laureillard, maîtresse de conférence HDR à Lyon 2, spécialiste de littérature et d’art chinois modernes

Résumé : Entre l’âge des seigneurs de la guerre et la guerre sino-japonaise, la décennie dite « de Nankin » (1928-1937) apparaît comme une trêve dans l’histoire tourmentée de la Chine du XXe siècle. La presse illustrée, stimulée par l’irruption massive de la culture occidentale dans les ports ouverts comme Shanghai, participe du projet de modernisation de l’époque, comme en témoignent Shanghai Sketch 上海漫畫 (1928-1930), Modern Sketch 時代漫畫 (1934-1937) et Furen huabao 婦人畫報 (1933-1937). Caractérisées par un foisonnement visuel et un éclectisme artistique, ces trois revues accordent une place de choix aux dessins de presse, qui tendent un miroir légèrement déformant à la classe moyenne urbaine. Cette conférence analysera la vision kaléidoscopique que ces trois revues ont produit de la vie à Shanghai et du reste du monde sur fond de tension sino-japonaise et de montée des fascismes.

Séminaire de l’IAO. « La formation des mondes anciens en Asie de l’Est et du Nord-Est : Réflexion macro-régionale sur l’idée d’Antiquité(s), la formation des sociétés étatisées et leurs périodisations »

Laurent Nespoulous, maître de conférences à l’Inalco et archéologue, spécialiste de la Protohistoire japonaise (IFRAE / Trajectoires)

Résumé : L’écriture de l’histoire étant généralement le fait de sociétés étatisées, chaque pays tend à avoir sa propre perception de l’histoire et sa propre périodisation. Il en va encore souvent de même en archéologie, discipline née dans le contexte de formation des États-nations du xixe siècle. Aujourd’hui, en Europe, il existe une correspondance d’échelle entre le continent et chaque chronologie « nationale », permettant de dépasser ces cadres. Qu’en est-il au Japon, en Corée, en Chine ? Chacun de ces pays possède sa Préhistoire et son Antiquité. Il est fréquent de les comparer, d’évaluer les mouvements entre les uns et les autres lors des moments de grande transformation (agriculture, État, religion, pensée) des sociétés. Ces dynamiques sont alors souvent perçues comme partant d’un centre, une Chine mal définie, vers ses périphéries, la péninsule de Corée et l’archipel du Japon, au fil des soubresauts et convulsions d’un « monde sinisé ». Puis, sorti de ces moments perçus comme charnières, le régime normal du récit archéologique ou historique est enserré dans chaque territoire national. Il conviendrait donc de réfléchir à la possibilité d’une chronologie transrégionale.

Séminaire de l’IAO. « Conférence – Débat : Emmanuel Poisson & François Guillemot présentent l’ouvrage de Cao Xuân Huy : En mars, fusils brisés »

Emmanuel Poisson, professeur d’histoire sociale et économique du Vietnam classique et traducteur littéraire, Université de Paris

Résumé : Au mois de mars 1975, un mois avant la chute de Saigon, le jeune lieutenant Cao Xuân Huy est fait prisonnier près de Huê. Dans un texte autobiographique qui fit des remous dans la communauté exilée, il relate la retraite et l’annihilation d’une unité de Marines sud-vietnamiens autour du 17e parallèle. Ce récit apocalyptique d’une armée en déroute, paru en 1986 aux États-Unis, est unique en son genre car les témoignages des « vaincus » restent largement inédits et inconnus du grand public. Pour resituer l’ouvrage, cette traduction française est accompagnée d’une introduction de deux historiens du Vietnam « Une guerre sans fard », d’un texte de l’écrivain Bao Ninh et d’une postface de l’écrivain Dô Khiêm. L’ouvrage est également agrémenté d’une bibliographie sur la guerre du Vietnam.

Séminaire de l’AO. « Taïwan et ses lieux de mémoire : la question du récit national »

Samia Ferhat travaille en sociologie de la mémoire et s’intéresse aux relations sino-taïwanaises, Paris-Nanterre, EHESS-UMR CCJ

Résumé : Les quarante dernières années à Taïwan se sont caractérisées par l’émergence, dans le champ du politique, de débats particulièrement virulents ayant trait, pour la plupart, aux questions d’ordre historiographique et mémoriel. Tendant à reconsidérer des personnages et des moments de l’histoire, à redéfinir des césures chronologiques ou à interroger des registres terminologiques, ces controverses rendent compte d’une préoccupation particulière, celle de définir à l’échelle nationale les contours de la communauté d’appartenance. Les narrations du passé élaborées à la faveur de ces transformations mémorielles soulignent non seulement la volonté de mobiliser un legs de souvenirs représentés et conçus comme étant partagés (Renan), mais également de s’imaginer dans un avenir commun. Nous tenterons dans cette présentation d’identifier les diverses mutations narratives du passé en explorant les valeurs, normes et sensibilités les sous-tendant et qui, par ailleurs, posent les termes de la communauté nationale et/ou citoyenne en constante transformation.

Séminaire de l’IAO. « La conservation du patrimoine archéologique au Cambodge »

Sophie Biard, Historienne de l’art, Sophie Biard travaille au Cambodge depuis 2014 pour la recherche, la documentation et la conservation des collections archéologiques nationales.

Résumé : La constitution des collections d’œuvres archéologiques cambodgiennes est un processus qui a débuté à la fin du XIXe siècle. Celle-ci a été très largement subordonnée aux événements politiques de l’histoire contemporaine mouvementée du pays. L’organisation des institutions du patrimoine ainsi que la conservation et la gestion des collections au Cambodge est toujours tributaire cet héritage. La connaissance de cette histoire conditionne également certains aspects de la recherche pour la compréhension des œuvres, notamment pour la connaissance de leur contexte original. En effet, leur documentation repose sur un travail d’enquête sur des fonds d’archives qui ont eux-mêmes été dispersés par les évacuations en temps de guerre.

Séminaire de l’IAO. « L’industrie du jeu vidéo en Corée du Sud : comment les travailleurs composent avec une organisation par projets »

Chloé Paberz,  anthropologue à l’IFRAE et maître de conférences à l’Inalco

Résumé : En quelques années, le jeu vidéo est devenu le loisir préféré des Sud-Coréens et l’un des fleurons des industries créatives du pays. L’industrie vidéoludique, et le marché de l’informatique en général, participent à véhiculer l’image d’une Corée du Sud extrêmement moderne voire à la pointe de l’innovation. A partir de l’ethnographie d’une entreprise de jeux éducatifs cofinancée par des fonds publics et privés, nous analyserons la manière dont cette production de masse implique une organisation par projets qui voit se succéder de multiples petites entreprises peu pérennes et dépréciées par leurs salariés. Nous interrogerons les formes de continuité qu’élaborent les travailleurs dans l’organisation morcelée de ce gigantesque marché.

Séminaire de l’IAO. « Summary Execution and Legal Culture in Qing China »

Weiting Guo, chercheur postdoctoral au projet ERC « ENP-Chine » à l’Université d’Aix-Marseille

Résumé : Until the late eighteenth century, the Chinese capital case review system was one of the most stable criminal systems in the world. The highly developed codification and the multiple levels of judicial review had stunned several European observers. Yet, primarily since the height of the Qing Empire (1636–1912), China embarked on an ambitious program to sweep away criminals by heavily legalizing the practice of summary execution. Focusing on how summary execution was enforced, challenged and manipulated, this talk analyzes the dialectical process of legal formation of empire and the symbiotic relationship between empire building and judicial expediency.

Séminaire de l’IAO. « Manifeste pour reconsidérer l’histoire politique des triades »

Emmanuel Jourda, Chercheur-associé au CECMC de l’EHESS, étudie l’histoire politique contemporaine de la Chine.

Résumé : Dans le pourtour de la mer de Chine méridionale du 19ème siècle colonial, lesdites « triades » intriguent. Leurs cris de ralliement antimandchous et leur emprise sociale les classent indistinctement comme politiques et dangereuses, alors que la Chine s’enfonce dans des violences de masse au fil des décennies et que les empires occidentaux se renforcent. À la fin du siècle, les révolutionnaires chinois tentent d’en faire un levier d’action de leur activisme. À cette fin ils cherchent à inclure leurs légendes dans la construction de leur nationalisme antidynastique en gestation. Dans la période républicaine, lesdites « sociétés secrètes » font l’objet d’attention tant de la part des nationalistes, des communistes que des Japonais. Après 1949, Mao Zedong les élimine en RPC, notamment en raison de proximités supposées avec le KMT. Dans les années 1960-1970, la sinologie occidentale analyse leur imaginaire et leur histoire pour y déceler des traces populaires primitives de la révolution communiste. Dans les années 1980-1990, le PCC les démarche dans le cadre de la rétrocession de Hongkong. Depuis les années 2010 des activistes troubles, à Hongkong et Taiwan, s’opposent à des manifestations de voie publique contraires au Rêve chinois irrédentiste de Xi Jinping au nom de leur tradition nationaliste. Cette histoire longue, et en apparence fragmentée, trouve toutefois sa cohérence en faisant des triades un sujet d’étude politique revisité.