Appels à contribution. La nuit à la croisée des arts et des cultures : perceptions, imaginaires, représentations

La nuit exerce sur l’être humain une fascination variée allant des peurs engendrées à l’exacerbation des sens pour en percevoir les contours. Les artistes n’y échappent pas et leurs démarches, œuvres et commentaires révèlent des impressions et conceptions visant à saisir ce qui est tout à la fois familier et garant d’un mystère. Quelles que soient les civilisations dont ces derniers sont issus, en Orient comme en Occident, transparaît inévitablement une vision personnelle, intime et révélatrice, qui renvoie dans un premier temps à la perception. « Quand, par exemple, le monde des objets clairs et articulés se trouve aboli, notre être perceptif amputé de son monde dessine une spatialité sans chose. C’est ce qui arrive dans la nuit », écrit Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 328).

Avec le jour, impressions et interrogations perdurent. Issus de l’observation, les éléments repérés ont-ils un rôle, un lien entre eux ? Faut-il les considérer comme une alchimie dont les secrets sont à découvrir ? L’imagination est-elle, en ce qui concerne cette interrogation, source de connaissance, voire de vérité ? Ainsi, la lune, si ambivalente, tantôt maléfique, tantôt bienveillante, incarnée chez les Romains par la déesse Hécate aux trois visages, et qui en Extrême-Orient suscite une contemplation admirative et inspire les lettrés, ne joue-t-elle qu’un rôle symbolique lorsqu’elle est présente dans une œuvre ?

Dès qu’il est question de la nuit, la frontière entre perception et imaginaire devient ténue. On pense à ces moments d’apparitions et de métamorphoses décrits par le poète Novalis dans ses Hymnes à la nuit : « Plus divins que les étoiles scintillantes nous semblent les yeux infinis que la nuit a ouverts en nous ». L’ambivalence de la nuit apparaît comme étant d’une part libération, moment de lâcher-prise favorable à l’inspiration, et d’autre part synonyme d’ennui, de méditation ou de mort. N’est-ce pas la situation décrite par Guy Debord en 1978 lorsqu’il constate que in girum imus nocte et consumimur igni (Locution latine palindrome faisant référence aux papillons de nuit qui tournent autour de la chandelle avant de s’y brûler : « nous tournons en rond dans la nuit et sommes dévorés par le feu ») dans son film éponyme ?

Au demeurant, l’entrelacs entre perception et imaginaire se densifie dès lors que la représentation de la nuit intervient. Que penser de cette Reine de la nuit dans La Flûte enchantée de W. A. Mozart, dont chacune des apparitions dans l’œuvre sont marquantes, sans appel et terminées par un rire glaçant ? Se rapproche-t-on de ce moment dès lors qu’une œuvre lui est dédiée ? Que signifie composer et jouer un nocturne ? Le renversement du temps à Minuit (comme l’écrit Mallarmé dans Igitur) opère-t-il dans les Noces de Stravinsky ou bien dans une représentation d’une nuit de sabbat, ne serait-ce qu’en songe ? Le noir est-il la couleur de la nuit, ce que contredit la Nuit étoilée de Van Gogh ? « Que devient le regard quand la lumière s’absente ? Que voit-on dans l’ombre ? » (Milner). L’image disparaît-elle au profit de la matière, de l’informe, de la sensation, de l’espace sans repère ? L’esthétique de la nuit au Japon et en Corée, les réalisations du groupe Etoiles dans la Chine de la fin des années 1970 lèvent un voile tout en suggérant un foisonnement de chemins possibles. Enfin, le rêve survenant la nuit, si prégnant en Inde par exemple, relève-t-il seulement du royaume de l’inconscient ?

La nuit passionne et évolue selon nos modes de vie : la nuit urbaine électrique, les divertissements ont été poétisés par les photographies de Brassaï, le film Minuit à Paris de Woody Allen…

La persistance de la nuit en tant que source d’inspiration confine à une question lancinante posée à l’expression artistique. Afin d’apporter des éléments de réponse à ces premières interrogations, non exhaustives, ce séminaire se propose d’aborder la thématique de la nuit par l’entremise de réalisations artistiques et littéraires venues d’horizons divers, en privilégiant le partage des visions entre les arts et les cultures, qu’il soit inhérent à la communication elle-même (Ainsi la nuit de Dutilleux d’après La nuit étoilée de Van Gogh, Haiga-s de Ion Codrescu sur des Nocturnes de Chopin, poèmes chinois sur le jeu musical la nuit…) ou élaboré en duos de communications.

Prochaines séances programmées le 20 novembre et le 18 décembre en ligne (il reste une place le 18/12), puis aux dates suivantes (toutes les dates sont a priori disponibles) :

– Vendredi 15/01/2021
– Vendredi 05/02/2021
– Vendredi 12/03/2021
– Vendredi 09/04/2021
– Vendredi 14/05/2021
– Vendredi 11/06/2021

Responsable
Marie Laureillard et Patrick Otto

URL de référence
https://langarts.hypotheses.org/3710

Adresse
Paris (Maison de la Recherche de la Sorbonne) ou en ligne

Photo « à la une » : Bill Viola, The Sleep of Reason, 1988, Video/sound installation continuously running © Kira Perov

Appel à communication. Seconde édition « Assises de l’Anthropologie de la Chine en France »

Les premières « Assises de l’Anthropologie de la Chine en France », qui se sont tenues les 6, 7 et 8 septembre 2017 à l’INALCO, ont rassemblé trente chercheurs et ont permis de réunir les anthropologues français et francophones spécialistes de diverses facettes du monde chinois provenant de différentes institutions. Ces rencontres ont aussi favorisé l’émergence de nouveaux réseaux tout en donnant l’occasion de souligner la diversité des recherches et des terrains. C’est pourquoi cette expérience va être renouvelée dans une seconde édition prévue pour les 16, 17 et 18 juin 2021, et sous un nouvel intitulé : « Assises de l’Anthropologie Française des Mondes Chinois » (AAFMC). L’expression « les mondes chinois » vise à englober tout aussi bien les sociétés chinoises des deux républiques – RPC et Taiwan –, les sociétés minoritaires et les diasporas anciennes ou plus récentes à l’échelle du monde.

Envisagé comme un état des lieux et un espace d’échange pour les recherches en langue française en ethnologie des mondes chinois, ce colloque est ouvert à l’ensemble des spécialistes dont les recherches, basées sur des enquêtes de terrain et menées en langues vernaculaires, s’inscrivent pleinement dans une démarche ethnographique. L’objectif premier de ces rencontres est d’abord disciplinaire et vise à mettre en avant l’apport de l’anthropologie française sur les mondes chinois. Il s’agira aussi de montrer comment elle contribue à l’anthropologie en général et à la sinologie. Les difficultés et les exigences particulières des enquêtes en terrains chinois seront débattues. Les doctorants et les anthropologues sinologues spécialistes de toutes les composantes du monde chinois auront ainsi l’occasion de discuter ensemble de leurs recherches. À l’issue du colloque, des actes réunissant une sélection d’articles seront publiés.

Le colloque se tiendra en session plénière pour que tous les participants puissent assister à l’ensemble des interventions. Les communications de 20 minutes par personne seront suivies de dix minutes de questions. Des ateliers et tables rondes thématiques seront prévues selon les propositions reçues, les participants sont libres de proposer les thèmes d’interventions qui leur tiennent à cœur.

Une aide logistique pour les transports pourra être fournie aux doctorants venant de province ou de pays européens qui en feront la demande.

Nouveau planning :

– 11 mai 2020 : rediffusion de l’appel AAFMC
– 20 janvier 2021 : clôture de réception des propositions d’intervention
– 1er février 2021 : envoi des acceptations de participation
– 16, 17 et 18 juin 2021 : colloque (auditorium de l’INALCO, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris)

Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : appel.aafmc.2020@gmail.com

Comité d’organisation :

Catherine Capdeville-Zeng (CNRS FRE 2025 IFRAE, INALCO)
Caroline Bodolec (CNRS UMR 8173 CCJ, EHESS)
Gladys Chicharro (EA 3971 EXPERICE, Université Paris 8)
Adeline Herrou (CNRS UMR 7186 LESC, Université Paris Nanterre)
Claire Vidal (CNRS UMR 5062 IAO, Université Lumière Lyon 2)

Télécharger l’appel à participation en version pdf

Appel à communication. Colloque « Bande dessinée en Asie de l’Est »

L’approche principale de ce colloque met l’accent sur un espace géographique qui se caractérise par une certaine homogénéité culturelle et linguistique — la bande dessinée est en effet désignée par des termes voisins dans le manga japonais, le manhua chinois et le manhwa coréen. Cette unité, marquée notamment par l’usage tant en chinois qu’en japonais des idéogrammes 漫画, s’accompagne d’une cohésion narrative, dans la mesure où nombre de récits traditionnels transnationaux, tels que La Pérégrination vers l’Ouest, sont réadaptés et réappropriés de multiples fois par des auteurs ou autrices de ces différents pays. La recherche en bande dessinée européenne a déjà pu penser la BD au niveau continental, élargissant le traditionnel couple franco-belge aux productions suisses, voire italiennes, allemandes, ou autres. À l’heure où les études sur la bande dessinée chinoise et coréenne se multiplient, il devient aujourd’hui possible d’aborder la bande dessinée asiatique comme un objet complet, ainsi que l’a montré récemment Paul Gravett avec l’exposition Mangasia organisée à Nantes en 2018. Ce néologisme proposé comme titre de l’exposition consacre cependant la place dominante du Japon et du manga au détriment d’autres aspects de la bande dessinée est-asiatique. S’il est vrai que le Japon est à l’origine d’une certaine unification culturelle dans la première moitié du XXe siècle, d’autres traditions de littérature dessinée ont existé et existent toujours dans les mondes chinois ou coréens. Il ne s’agira donc pas d’étudier la bande dessinée asiatique à l’aune du manga, mais bien d’analyser les différentes formes de bande dessinée qui émergent et se transforment en Asie de l’Est depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Le colloque sera organisé autour de deux axes principaux, l’un historique, l’autre formel. Dans un premier temps, nous invitons les participants à revenir sur l’histoire du médium « bande dessinée » sur les différents territoires abordés lors du colloque (Japon, Corée, Chine, Taïwan, Hong Kong), en s’intéressant aux conditions de son émergence, à ses évolutions et aux possibles coups d’arrêt qu’il a pu connaître ; on pourra également retracer l’histoire de ce que l’on appelle parfois « proto-BD » en étudiant les productions graphiques qui précèdent et accompagnent la naissance du médium. Il sera particulièrement intéressant d’étudier les points de rencontre entre les différentes traditions nationales de bande dessinée et les possibles hybridations qu’ils occasionnent. Après avoir également traité des multiples classifications génériques (bande dessinée pour enfant, d’humour, de propagande, de science-fiction, de l’écriture de soi, d’aventure, d’horreur, érotique, fantastique, historique, etc.) et de leur évolution autant que de leur intrication, cet axe d’analyse sera en outre l’occasion d’explorer une socio-histoire de la bande dessinée en Asie de l’Est. Il s’agira alors d’étudier le vaste champ des acteurs et actrices de la bande dessinée (auteurs, dessinateurs, scénaristes, maisons d’éditions, librairies spécialisées, etc.) ainsi que celui du lectorat, qui peut certes se confondre avec le premier, mais qui permet aussi d’évaluer la popularité changeante du médium selon les époques ou selon les catégories de population concernées. Dans un second temps, les participants au colloque seront amenés à s’intéresser aux caractéristiques formelles de l’œuvre de bande dessinée et à son fonctionnement, notamment à travers sa dimension texte-image. La question de la forme étant très liée à celle du support, il faudra aussi examiner les matérialités plurielles du médium (presse, album, numérique, autres) ainsi que la potentielle patrimonialisation des œuvres, des planches ou des dessins, qui se trouvent exposés dans des musées et deviennent œuvres d’art à part entière. Cette ambiguïté intermédiale entre peinture et bande dessinée est également l’occasion d’aborder les rapports de la BD aux autres arts, avec lesquels ou contre lesquels elle se construit. L’analyse du médium « bande dessinée » en soi puis au sein de chaque champ médiatique national permet enfin de s’interroger sur sa place ou sur son rôle, et d’explorer, tout en reconnaissant le caractère fondamentalement hétérogène de l’univers médiatique, les possibilités de dynamiques transmédia, qui passent par le théâtre, le cinéma, le dessin animé, le jeu vidéo, ou encore la constitution d’une franchise. À travers ces deux axes, historique et formel, il sera ainsi possible d’étudier en profondeur la bande dessinée est-asiatique dans toutes ses qualités.

Nous ferons également un point sur la réception de la bande dessinée asiatique en France en évoquant les aspects traductologiques et éditoriaux. Des ateliers de création en présence de créateurs seront organisés.

Comité scientifique

Norbert Danysz (ENS Lyon, IAO)
Jacques Dürrenmatt (Sorbonne Université, STIH)
Marie Laureillard (Université de Lyon, IAO, CEEI)
Cécile Sakai (Université de Paris – Paris Diderot, CRCAO, CEEI)
Marianne Simon-Oikawa (Université de Tokyo, CEEI)

Avec le soutien du CEEI.