L’Asie à l’heure de la pandémie. Notes de synthèse Covidasia

Les présentes notes de synthèse portent sur l’évolution chronologique de la maladie de SARS-Cov-2 au sein de trois États asiatiques : la Chine, le Japon et Taiwan, ainsi que sur les mesures prises par les trois gouvernements. Ces notes ont été rédigées par Pierre Manoury, étudiant de l’École Normale Supérieure de Lyon, Master Asie Orientale Contemporaine, sous la supervision d’Arnaud Nanta (CNRS) et de Béatrice Jaluzot (IEP de Lyon). Elles ont pour objectif de proposer une vue synthétique de la situation et de son évolution dans les trois pays concernés à partir des sources gouvernementales et médiatiques. Il ne s’agit ni d’articles de recherche, ni de présenter le point de vue de l’Institut d’Asie Orientale (UMR 5062) à propos de la gestion du de l’épidémie de Covid-19 en Asie Orientale. L’exercice cherche à préciser quels sont les documents, parmi ceux proposés sur le blog CovidAsia, permettant d’apprécier les informations sur la crise sanitaire et leurs limites. Cette synthèse cherche enfin à articuler les différentes sources mobilisées afin de créer une cohérence entre elles et d’en dégager des angles de réflexion notables, sans pour autant se départir des orientations données initialement à la constitution du corpus.

Les documents fournis sont principalement des articles de presse, académiques et de think-tanks, des communications officielles ainsi que des témoignages et des représentations. Les articles de presse sélectionnés ne prennent pas en compte la vision des média d’autres pays, de même qu’ils ne représentent pas l’opinion publique de leur pays de façon exhaustive. Aussi, les articles signalés lors de la constitution du corpus mettent en exergue certains évènements, mais en excluent d’autres, conditionnant de fait la synthèse. La période couverte par les notes s’étend du mois de janvier 2020 au mois de mai 2021. Afin de faciliter la synthèse de ces documents, il convient par ailleurs de centrer la réflexion sur ces trois pays et de distinguer, dans chaque note, les opinions des média nationaux et celles des média étrangers. De même, les articles académiques choisis ne représentent qu’une partie de l’avancée des travaux scientifiques sur la période et n’acquièrent leur cohérence qu’articulés avec les autres documents.

L’intérêt de ces synthèses réside principalement dans la clarification de l’évolution des situations sanitaires dans trois pays d’Asie de l’Est et dans la perception qu’ont les média étrangers des gestions différenciées au sein de ces pays. Les événements décrits à travers ces notes éclairent le lecteur sur les modes de réaction des différents pouvoirs, les traitements médiatiques de la pandémie, ainsi que sur les changements apparus dans ces sociétés asiatiques.

Il convient d’abord de revenir sur les conséquences sociales et économiques de la pandémie ainsi que sur les méthodes de gestion au sein des trois États asiatiques étudiés. Taiwan et la Chine connaissent une croissance positive de leur produit intérieur brut tandis que le Japon subit une forte récession. De même, jusqu’au mois de mai 2021, ces trois pays maintiennent un volume de contaminations et de morts liés au Covid-19 relativement faibles en comparaison de certains autres pays. Toutefois, alors que Taiwan semble être épargnée avec peu d’infections et de décès, le Japon s’avère être celui des trois pays où la situation sanitaire – officiellement déclarée – est la plus dégradée. La Chine est quant à elle accusée de manquer de transparence et d’avoir largement sous-estimé, voire falsifié le nombre des contaminations et des décès sur son sol. Ces situations sont donc distinctes mais paraissent parfois semblables en certains points, comparativement à celles d’autres pays.

Les moyens déployés par les trois États afin de contenir la propagation du virus sont dissemblables par leur intensité et leur réception par les acteurs locaux et les média étrangers. Les confinements massifs et stricts, de même que les désinfections rigoureuses et systématiques et les nombreux tests effectués en Chine, permettent d’appuyer un discours mettant en exergue la fierté nationale, mais également de nourrir les critiques étrangères. Les autorités chinoises construisent des symboles et s’appuient sur les média nationaux en vue de donner du crédit à leurs actions ainsi qu’à leur discours officiel au niveau international. À l’inverse, les média étrangers et locaux érigent Taiwan comme illustration d’une gestion exemplaire de la pandémie. Notons que ce fut le cas également pour le Viêt Nam. Cette valorisation par l’étranger sert d’outil de promotion au niveau national et international à cet État qui a réussi à établir une relation de confiance avec sa population et à endiguer sur une longue période la propagation du virus. La problématique japonaise lie plutôt l’absence de moyens constitutionnels permettant d’imposer des mesures strictes à sa population, avec l’objectif constant pour les autorités de favoriser une relance de l’économie nationale, afin de ne pas pâtir trop lourdement de la crise provoquée par le virus.

Par ailleurs, même si les trois États semblent vouloir s’imposer au niveau international et devenir des acteurs incontournables dans le domaine des innovations médicales et technologiques, seule la Chine réussit à saisir l’opportunité offerte par le virus pour établir, par sa diplomatie des masques et des vaccins, une stratégie crédible et cohérente. Néanmoins, la médiatisation de la méthode chinoise est dénoncée par certains média étrangers pour son caractère ostentatoire et intéressé. Par conséquent, le traitement chinois de la gestion de la pandémie, exacerbe à la fois les amitiés, mais aussi les tensions existantes entre la Chine et les autres pays du monde.

Ainsi, ces notes de synthèses soulignant la gestion différenciée par ses trois pays importants de l’Asie orientale depuis le début de la pandémie s’avèrent précieuses pour comprendre ce moment d’une histoire devenue mondiale.

– La Chine à l’heure de la pandémie : note de synthèse 
– Le Japon à l’heure de la pandémie : note de synthèse 
– Taiwan à l’heure de la pandémie : note de synthèse 

Fukushima, dix ans déjà

Affiche du documentaire de HAMAGUCHI Ryūsuke et SAKAI KōIl y a 10 ans, jour pour jour, survenait le « La grande catastrophe sismique de l’Est du Japon » Higashi nihon daishinsai 東日本大震災. Ce vendredi 11 mars 2011, à 14h46, un séisme frappait au large de Fukushima, de la plus grande ampleur jamais enregistrée dans le pays. Les catastrophes déclenchées en chaines furent terrifiantes, d’une ampleur encore jamais connue. La vague soulevée atteint 40,5 m et 700 km/h par endroit, avec une portée à 10km dans les terres. Le tsunami emporta près de 16 000 personnes et laissa plus de 2500 disparus, plus de 6000 furent blessées et près de 230 000 habitants durent être déplacés.

Mais la dimension nouvelle et effroyable fut nucléaire. Une centrale qui alimentait en partie la ville de Tokyo, de construction déjà ancienne, subit une coupure de courant, les circuits de refroidissement endommagés laissèrent place au pire : les réacteurs entrèrent en fusion, provoquant la deuxième plus grande catastrophe nucléaire jamais subie dans le monde. Un nuage de débris couvrit la région, la mer était contaminée, les sols pollués, les récoltes empoisonnées.

La résistance légendaire du Japon fut une fois encore éprouvée et démontrée. Face à la panique, à la peur, la tristesse, le deuil, les menaces, les angoisses, les pertes, les chocs, les accusations, les conflits, la disparition de repères, la réactivation des traumatismes, les mobilisations populaires, les solidarités, le travail, l’abnégation conduisent aux évacuations, aux reconstruction des outils de production, aux évacuations, aux réparations, à la reprise de la vie quotidienne. Au point de faire redémarrer les centrales nucléaires du pays, qui avaient été un temps arrêtées.

Aujourd’hui, dix ans après, la panique s’est dissipée, et les angoisses sont mises de côté, mais rien n’est fini. La région de Fukushima et ses terres agricoles doivent encore être dépoluées, le casse-tête des réacteurs en fusion est toujours là, leur refroidissement créé des stocks d’eau contaminée qui ne cessent de croître. Les tonnes de débris radioactifs, les coûts d’entretiens des sites sont un problème majeur pour le gouvernement japonais. Celui-ci fait face à de nombreuses échéances, en particulier, celle de devoir évacuer le sol contaminé d’ici à 2045. La lourde tâche actuellement est confiée à un espoir du monde politique japonais : Koizumi Shinjirō, fils du premier ministre qui a relevé le Japon de la grande crise financière des années 1990. Le Japon est désormais tourné vers une consommation énergétique responsable, il est un soutien majeur des accords de Paris de 2015.

Nous nous joignons en pensée au deuil des milliers de Japonais affligés, aux souffrances des populations déplacées et aux espoirs que tous fondent dans une réponse démocratique apportée par une coopération internationale responsable en matière énergétique.

Béatrice Jaluzot
Merci à Elise Domenach et Arnaud Nanta pour leur relecture


Voir :

Asanuma-Brice, C(2020), Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre, Maison des Sciences de l’Homme, 204 p. ;  http://www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100129890&fa=description

Domenach, É. (2018). Catastrophe, silences et voix dans quelques films post-Fukushima : de l’aveuglement à l’éducation de notre regard. A contrario, 1(1), 69-93. https://doi.org/10.3917/aco.181.0069 De la même autrice, Le cinéma de Fukushima, Voix du cinéma japonais / Fukushima in Film. Voices from the Japanese Cinema, Tokyo Univ. Press, UTCP Booklet, 2015.

Sakai, Kō et Hamaguchi Rysuke, The Sound of the Waves (2011), Voices from the Waves (2013), Storytellers (2013), trilogie documentaire.

Ferrier, M. (2021), Dans l’oeil du désastre. Créer avec Fukushima, Ed. Thierry Marchaisse.

Photo « à la une » : Affiche du documentaire de Hamaguchi Ryūsuke et Sakai Kō

Voeux de l’IAO

L’année a été mouvementée, je laisse de côté les rétrospectives inutiles à des émotions encore si vives. Mais souvenons nous tout de même des moments heureux qui donnent du sens à nos missions et les alimentent en retour. A défaut de voyager, nous avons pu nous concentrer sur les projets actuels, voir s’achever deux thèses et deux habilitations. Trois doctorants sont venus nous rejoindre. Nous avons découvert des moyens de communiquer qui ont donné une nouvelle dimension au séminaire mensuel du laboratoire et le moyen de nous rapprocher de ceux qui sont éloignés géographiquement. Enfin, nous avons la joie d’accueillir un nouveau membre dans notre équipe : Sylvie Demurger, directrice de recherche au CNRS et économiste, spécialiste de la Chine, nous rejoint au 1er janvier. 
 
Je tiens ici à saluer le travail d’Arnaud en tant que directeur adjoint durant ces deux dernières années, il cède sa place à Claude Chevaleyre à partir de janvier. 
 
L’année 2021 sera riche, même si elle est encore bien incertaine. Côté institutionnel, faute d’évaluation par l’HCERES (dont le jury avait démissionné en protestation contre la loi pour la recherche) nous avons été renouvelés pour une période de 10 mois, afin de laisser le temps à une évaluation conduite par le CNRS. Nous risquons d’être à nouveau sollicités pour cette procédure. Dans l’intervalle, je suis renommée pleinement comme directrice pour ces 10 mois et Claude Chevaleyre l’est en tant que directeur adjoint. 
 
Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous de tirer le meilleur de 2021, de laisser passer les souffrances et de rester soudés, d’avancer et de se réjouir de ce que la vie nous apporte et de la chance que nous avons d’avoir comme activité professionnelle principale une aire culturelle aussi passionnante que l’Asie Orientale. 
 
Bonne année 2021 ! 
 
Béatrice Jaluzot, Directrice de l’IAO
 

Asie Orientale et Coronavirus

Les articles exposant des opinions personnelles ou polémiques ne sont pas relayés sur ce blog. En revanche, les analyses des discours étatiques, juridiques et des pratiques pour éradiquer l’épidémie mises en place par les États et les sociétés de la région sont bienvenues.

Pour sérier au mieux l’information, même si cela semble arbitraire pour les Etats-partis qui contrôlent drastiquement l’information de leur pays, ce blog propose une classification en 4 rubriques :

Sources officielles
Presse 
Ressources académiques
Témoignages et représentations

Les signalements sont postés de façon antéchronologique afin d’obtenir l’information la plus récente au début du fil d’actualité. Chaque signalement doit faire état du contexte de production, de l’auteur et du diffuseur de l’information. Les organes d’information signalés ne reflètent pas une quelconque opinion du laboratoire. Cette page s’appuie sur une pluralité de sources et d’opinions émises sur et dans la région.

Comité éditorial :

– Béatrice Jaluzot, MC, Directrice de l’Institut d’Asie Orientale (UMR 5062)
– Arnaud Nanta, DR CNRS, Directeur adjoint
– François Guillemot, IR CNRS, responsable des collections sur l’Asie du Sud-Est
– Miyuki Yamamoto, IE CNRS, responsable des collections japonaises
– Zhang Yu, IE CNRS, responsable des collections chinoises

Contributeurs/trices :

Membres de l’IAO (chercheur.es et doctorant.es).

Diriger l’IAO pendant le confinement

Au bout de 3 semaines de confinement, comment cela se passe ?

Ça se passe plutôt pas mal. Pour assurer les contacts réguliers, 3 types d’outils ont été mis en place : une simple liste mail d’échanges, un visio-café 2 fois par jour (9h et 14h, comme d’habitude) et la réunion informelle « staff meeting » du lundi est maintenue en visio, le tout grâce à Jitsi meet. À ma surprise cela fonctionne bien : les contacts réguliers et hebdomadaires sont maintenus. Et cela a même pour effet de communiquer avec des collègues qui ne peuvent jamais participer à ces rencontres habituelles car ils n’habitent pas à Lyon et interviennent sur d’autres lieux que Descartes. Il y a même eu des échanges entre personnes qui ne s’étaient jamais vues.

Pour les conférences, j’en ai donné une à distance pour l’INALCO (sur l’entrée en vigueur de la réforme du droit des obligations au Japon) le 26 mars et là encore même surprise : des auditeurs nous ont rejoint alors qu’ils n’auraient jamais pu y assister si elle n’avait pas eu lieu avec les moyens numériques. Cela donne une nouvelle dimension à nos échanges. Le prochain séminaire de l’IAO (intervention de Matthias Hayek, Vendredi 24 avril 2020, Ni science, ni religion : inventer les superstitions dans le Japon du début du XXe siècle) devrait aussi se tenir sous cette forme et ce sera un essai.

Nous avons passé pas mal de temps à découvrir ces nouveaux outils et à les expérimenter. Heureusement, nous avons des informaticiens au sein du labo qui sont formidables !

Pour l’activité, comme nous avons une forte implication pédagogique, une importante partie de notre temps – et de notre énergie – est employée à effectuer un suivi rapproché de nos étudiants qui étaient ou sont encore en Asie (notamment une partie de ceux qui sont au Japon ont choisi d’y rester) et à adapter les formations aux nouvelles circonstances : cours à distance, adaptation des sujets de mémoire, suivi des conventions de stage.

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