Japanese Migrations in Tonkin between the 1880s and the 1920s

Around 1880, a first generation of Japanese migrants settled in Tonkin, when the French colonial presence was expanding there, creating a specific and lasting link between the region of origin of migrants, Kyûshû in Japan, and Tonkin area, until the 1930s.

This migratory movement, which falls into the historiographical category of karayuki san, has at its economic heart the prostitution of young women from poor Japanese peasant families brought from Kyûshû Island by various means. From the end of the nineteen century, bazaar activities run by Japanese men were developing in connection with the economy of prostitution. The situation lasted until early 1920s, after the action led by the Japanese consul to remove
traces of Japanese prostitution. Despite this evolution and the arrival of new actors from other areas and working for large Japanese companies, the Japanese community in Tonkin remains structured around historical migrants from Nagasaki surroundings.

In this presentation we will briefly introduce this first generation of Japanese migrants in Tonkin, trying to make  apparent both the local establishment in colonial society, but also the continuity of relations and exchanges with Japan. Then, we will address the question of the migratory logics of Karayuki, men and women, linked to a complex set of interpersonal relationships, shedding light on certain aspects of the system of social relations in which women’s
migration took place. We will end up discuss the similarities and differences with the situation in Singapore.

Frédéric Roustan is Associate Professor in Contemporary Asian History at the University of Lyon 2, France, attached to the Institut d’Asie Orientale research center. After his doctoral studies at Osaka University, he did several post-doctoral positions in Japan, including at the University of Tokyo and Hitotsubashi. After 10 years of studying and working in Japan, he returned to France where he taught Japanese at Aix-Marseille University before joining the history department of the University of Lyon. He currently works on the historical relations between Japan and Vietnam, particularly issues relating to the migration of Japanese to French Indochina.

Programme du workshop

Cycle de débats du CECMC

L’étreinte de la patrie Décolonisation et violence à Taiwan, 1947 Victor Louzon« En 1947, un bref soulèvement, « l’Incident du 28 février », agita Taiwan contre le pouvoir chinois du Guomindang après que la Chine eut récupéré l’île en 1945, mettant fin à cinquante ans de colonisation japonaise. Rapidement et très brutalement réprimé, il est aujourd’hui au cœur des luttes mémorielles qui agitent Taiwan, avec pour enjeu la légitimité de la souveraineté chinoise sur l’île et l’identité de cette dernière.

Ce livre traite des émeutes populaires antigouvernementales qui se sont produites à Taiwan, entre février et mars 1947, peu après la rétrocession de cette ancienne colonie japonaise à la république de Chine. Après des années de silence, l’incident du 28 février refait enfin surface dans la mémoire collective : depuis les années 1990, l’épisode a fait l’objet de vastes enquêtes politiques ou judiciaires et de nombreuses études historiques.

À partir de ces informations et ces réflexions, l’auteur revisite la mémoire de cet événement traumatique en interrogeant les formes de la violence et la genèse de celle-ci. Ainsi, il se focalise sur les participants à cette rébellion, sur ses meneurs locaux éparpillés et peu renommés, sur leurs modalités d’action et les références qu’ils ont mobilisées.»

Discutants

• Coraline JORTAY (CNRS, THALIM, associée CECMC)
• Hamit BOZARSLAN (EHESS, CETOBaC)
• Arnaud NANTA (CNRS, IAO, Lyon)
• Modération : Marie-Paule HILLE (EHESS, CCJ-CECMC)

Lieu : 

Campus Condorcet – Bâtiment EHESS – Salle C385-387 (3e étage)
2, cours des Humanités, 93300 Aubervilliers

Les sources d’archives portant sur les relations entre le Vietnam, la France et les pays francophones

Le workshop intitulé « Les sources d’archives portant sur les relations entre le Vietnam, la France et les pays francophones » (Nguồn tài liệu lưu trữ về quan hệ hợp tác Việt Nam, Pháp và các nước Pháp ngữ) s’intéresse aux archives publiques, mais aussi privées, conservées dans différents pays, portant sur cette thématique.

Celle-ci est certes l’objet de nombreuses recherches portant sur les différents aspects de l’histoire, politique et militaire, diplomatique et culturelle. Cependant, au-delà des travaux de chercheurs au Vietnam ou en France, il manque une approche globale visant à faire connaître les différentes sources d’archives, leur importance pour la recherche, ainsi que leurs conditions de conservation et d’accès. L’histoire même des recherches portant sur les relations entre le Vietnam et la France mérite d’être étudiée. Entre l’ouvrage de référence publié en 1967 par l’historien Nguyen The Anh, Bibliographie critique sur les relations entre le Viêt-Nam et l’Occident et le Guide de recherche dans les sources de l’histoire commune de la France et du Vietnam (1862-1954) mis en ligne en août 2023 sur un portail commun des Archives nationales de France et de Vietnam, la nature de ces relations et les modalités de leur fonctionnement ont connu beaucoup de changements.

Ce workshop vise à présenter d’une manière systématique les principales sources d’archives concernant l’histoire des relations entre le Vietnam, la France et des pays francophones. Il s’agit d’avoir une vision globale de leur contenu, leurs volumes, ainsi que leur conversation et leurs conditions d’accès. Une vingtaine d’intervenants vietnamiens et internationaux, dont des doctorants, est attendue. Une sélection de communications sera publiée, en fonction des moyens obtenus, sous forme papier, mais aussi en ligne dans l’esprit des sciences ouvertes afin de favoriser l’accès aux résultats de la recherche.

Ce workshop s’inscrit dans la continuité des manifestations scientifiques co-organisées ces dernières années par l’USSH et l’Institut de recherches asiatiques (IRASIA, UMR 7306, CNRS-AMU) dans le cadre de l’accord de coopération signé en 2017 entre la VNU Hanoi et Aix Marseille Université, et renouvelé l’année dernière en 2022. Il a pour objectif de faire rencontrer les chercheurs vietnamiens et francophones qui vont communiquer sur leurs travaux de recherche en cours, mais également échanger sur les projets de coopération en cours.

En effet, l’USSH est chargée par la VNU Hanoi d’élaborer un projet de formation aux métiers des archives et du numérique au niveau de master avec un consortium francophone comprenant les Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM), Aix Marseille Université (AMU), Ecole française d’Extrême- Orient (EFEO) et Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE). Pour l’USSH, ce projet de formation master au standard international est d’une grande importance, répondant notamment aux besoins du milieu professionnel des archives et des différentes administrations vietnamiennes.

Plus d’informations : [Cliquez ici]

« Le feu qui tombe du ciel » : le napalm dans la guerre d’Indochine (1950-1954)

colloque international "Repenser la guerre d’Indochine : violences civiles et coloniales"

La guerre d’Indochine (1945-54) opposant la France au Vietnam dirigé par Ho Chi Minh fut la guerre de décolonisation la plus violente du 20ème siècle. Environ un million d’êtres humains sont morts – des Laotiens, des Cambodgiens et des Vietnamiens, civils et combattants, hommes et femmes, jeunes et vieillards. L’usage de la torture, du viol et du napalm n’a pas commencé en Algérie, ni lors de la guerre du Vietnam. Et pourtant les destructions et les souffrances de la guerre d’Indochine restent encore dans l’ombre, prisonnières d’un oubli étonnant tant en Indochine qu’en France. Comment expliquer cette guerre de décolonisation si violente ? Ce colloque, le premier en son genre, vise à répondre à cette question en étudiant deux types de violences : celles perpétuées par les Français contre les Indochinois et celles qui opposaient les Indochinois eux-mêmes. Il est temps d’étudier les violences coloniales et civiles au cœur de ce conflit si meurtrier.

Télécharger le programme [PDF]

Marie Laureillard : Les Modern girls chinoises, femmes idéales ou funestes ?

La revue illustrée chinoise Shanghai Sketch 上海漫畫 (1928-1930) brosse le portrait, à travers caricatures, dessins, photos, d’une femme chinoise moderne qui s’émancipe, fume, se coupe les cheveux, face à laquelle l’homme perd son rôle dominant, comme l’illustre parfaitement une couverture où l’on voit une belle tenant un homme miniaturisé agenouillé au creux de sa paume (numéro 8, 9 juin 1928). Cette modern girl maquillée, coiffée à la garçonne, regarde d’un air condescendant le petit homme implorant en complet-veston noir. La revue Furen huabao 婦人畫報 (Revue illustrée des femmes) (1933-1935) explique patiemment à travers les écrits de divers écrivains ainsi que les dessins de Guo Jianying 郭建英 (1907-1979) comment devenir une véritable modern girl, aussi bien par l’apparence (corps agile et énergique, coiffure, vêtement) que par l’esprit et le goût. Dans la métropole shanghaïenne, le trope de la femme manipulatrice et croqueuse d’hommes apparaît régulièrement aussi bien dans les revues illustrées que dans les romans et les films de l’époque. L’émancipation confère à la modern girl un visage menaçant de séductrice cynique, de femme fatale, qui plonge ses racines dans l’esthétique décadente d’inspiration européenne, à l’image de La Dame au pantin du peintre belge Félicien Rops (1885), qui tient dans sa main un homme à sa merci réduit à l’état de marionnette désarticulée. Ce personnage féminin en plein devenir obsède écrivains et artistes chinois de l’entre-deux-guerres parce qu’il brouille les frontières de classe et de statut social et, surtout, renverse la hiérarchie des genres. Il inquiète autant qu’il fascine. A partir d’un corpus essentiellement constitué par ces deux revues, on réfléchira à la manière, dont, mêlant réalité, désir et imagination, les caricatures qui se déploient sur leurs pages campent une femme nouvelle idéale, non sans une certaine ambiguïté cependant : cette dernière n’apparaît-elle pas à la fois comme belle, libérée, mais également écervelée et perfide dans des images le plus souvent produites et interprétées par des hommes ?

Vous trouverez le programme de cette journée ici : CCJ Comparaison(s)_programme_définitif_2023.

Béatrice Jaluzot : Science comparative des juristes japonais

ベアトリス・ジャリューゾ
私法・比較法。リヨン大学東アジア研究所所長。リヨン政治学院教授、リヨン第三大学法学博士、元東京大学法学部客員研究員。最近の著作として,以下のものがある。The Meiji Era. When Japanese Law Became Positivized », in: Baudouin Dupret, Jean-Louis Halpérin (éds.), State Law and Legal Positivism: The Global Rise of a New Paradigm, Brill – Nijhoff, Leiden-Boston, 2021, Legal History Library, vol 55, pp. 215-249 ; Les traités inegaux japonais de leurs signature à leur renégociation (日本の不平等条約 調印から再交渉まで), Zeitschrift für japanisches Recht / Journal of Japanese Law, n. 52 (2021), pp. 1-50.

Plus d’informations : https://www.mfjtokyo.or.jp/events/course/20230701.html

Le livre et l’écrit dans la modernisation du Vietnam du milieu du XIXe siècle aux années 1940

Couvertures d’œuvres littéraires de Lê Van Truong © photo FG
Couvertures d’œuvres littéraires de Lê Van Truong © photo FG

Une photographie de l’édition littéraire vietnamienne pendant la guerre d’Indochine
François GUILLEMOT (docteur en histoire, IAO, CNRS – ENS)

 À partir d’un corpus de 225 ouvrages édités au Viêt-Nam en 1949 et 1955 pendant l’existence de l’État associé du Viêt-Nam et en pleine guerre d’Indochine, il est possible d’enrichir notre connaissance sur l’édition littéraire de ce pays. Les informations disponibles sur chaque ouvrage édité permettent de compiler une série de données et d’envisager une histoire de l’édition de cette époque. Quelles étaient les maisons d’éditions, petites, grandes, disparues ? Que peut-on savoir de leurs catalogues ? Qui distribuait les ouvrages au nord ou au sud ? Que sait-on des librairies, des imprimeurs, des tirages, du lectorat ? Quels étaient les auteurs et autrices publiés ? Qui illustraient les couvertures des romans ? À quelle typologie et à quel le genre les ouvrages proposés étaient-ils identifiés ? À partir de ces différents éléments sur un échantillon limité, notre communication tentera d’établir une photographie de ce qu’était l’édition littéraire dans un temps de guerre civile et d’incertitudes politiques.

Photo « à la une » : Couverture du numéro 5 de « Kim Lai tạp chí » (La revue Kim Lai) daté du 7 avril 1932. Collections de la BULAC, BIULO PER.11743

Engagement, souffrance, résilience : pour une histoire genrée de la guerre du Viêt-Nam

François Guillemot, Cầm Thi Đoàn – Poisson, Pierre-Jean Vigny, Unité Tice-Dsirn, Christine Ho. Engagement, souffrance, résilience : pour une histoire genrée de la guerre du Viêt-Nam
: Conférence inaugurale du cycle « Violences sexuelles et violences de genre dans le monde ». 2023. 
Voir la vidéo

Après un survol historiographique sur l’histoire des Jeunesses de choc (Thanh Niên Xung Phong), nous partirons sur les pas de cette jeunesse mobilisée sur la Piste Hô Chi Minh. La commémoration en 2019 du 60e anniversaire de l’ouverture de la piste (mai 1959) a permis de réévaluer l’importance stratégique de ce réseau dans la victoire communiste de 1975. Cette “piste mythique” (đường mòn huyền thoại) s’est révélée être la clé de voûte de la guerre de réunification. L’expérience de dizaines de milliers de femmes et d’hommes pour ravitailler le front du Sud en forces et en munitions est aujourd’hui mieux connue et fait surgir les questions d’engagement, de souffrance et de résilience.

L’expérience de la Piste sera considérée ici sous la double perspective de la marge et du genre. Le rôle essentiel des femmes sera souligné : démineuses, déblayeuses, conductrices de camion, chanteuses, éclaireuses, infirmières, miliciennes… , nous relierons entre-elles ces marges multi-situées de la guerre (jungles, villes, campagnes, diplomatie internationale) pour offrir une photographie plus générale du conflit du point de vue du genre. Il reste en effet une histoire de la guerre du Viêt-Nam à écrire dans une perspective genrée, en prenant en compte toutes ses composantes (nord et sud, marge et centre, ethnies minoritaires, fonctionnement genré de l’armée populaire, engagement des femmes des deux côtés du 17e Parallèle, populations civiles).

Biographie de François Guillemot

François Guillemot est historien, ingénieur de recherche au CNRS, chercheur à l’Institut d’Asie orientale (IAO, CNRS, UMR 5062), École normale supérieure de Lyon. Auteur de plusieurs ouvrages sur le Viêt-Nam contemporain dont Viêt Nam, fractures d’une nation. Une histoire contemporaine de 1858 à nos jours (Paris, La Découverte, 2018) et Des Vietnamiennes dans la guerre civile, 1945-1975. L’autre moitié de la guerre (Paris, Les Indes savantes, 2014). Il mène des recherches sur la guerre civile vietnamienne, les mouvements nationalistes, le genre pendant la guerre du Viêt Nam. Il anime les carnets de recherche « Guérillera » dédié à la problématique des femmes et de la guerre dans une perspective transnationale et « Mémoires d’Indochine » dédié à l’histoire et aux récits alternatifs de la révolution et de la guerre.

Contact : fondation@inalco.fr 
 

A propos de la Fondation ROTHSCHILD-Institut Alain de Rothschild

Présidée par Eric de Rothschild, la Fondation ROTHSCHILD-Institut Alain de Rothschild apporte son soutien financier, matériel et moral à une centaine de projets par an dans tous les domaines de l’intérêt général. Dans une société fragilisée par les inégalités, ses multiples actions de mécénat concernent plus particulièrement les secteurs de la culture, de l’éducation, de l’environnement et de la santé. Elle se distingue notamment par sa capacité à agir face à des problématiques sociétales majeures. Ses deux premiers domaines d’intervention sont d’abord la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ainsi que la solidarité envers les plus fragiles. Le partenariat avec l’Inalco et la Fondation Inalco constitue pour la Fondation ROTHSCHILD-Institut Alain de Rothschild une première occasion de travail avec une institution académique nationale sur l’enjeu de société majeur que constitue l’étude de la parité et du genre.

Plus d’informations : http://www.inalco.fr/evenement/engagement-souffrance-resilience-histoire-genree-guerre-viet-nam

Évolution de la place de la peinture nihonga sur le marché de l’art

Conférence Eurasia_Cléa Patin - jeudi 06/04 à 18h

Résumé : Le mouvement pictural nihonga (littéralement « peinture nationale japonaise ») émerge à la fin du 19e siècle à la suite du choc de la rencontre avec l’Occident. Il réactive une forme d’opposition déjà présente dans l’Histoire de l’art du Japon entre une peinture ressentie comme allogène (en provenance de Chine) et une peinture plus autochtone. Si ce courant a cristallisé un véritable questionnement identitaire et s’est taillé au fil des ans une place de choix au sein des institutions qui président à la reconnaissance de la valeur des œuvres (salons, musées), il fait face aujourd’hui, en tant qu’art figuratif « traditionnel », au défi de négocier le grand virage de l’art contemporain. Quelle place occupe-t-il donc sur le marché de l’art ? En quoi peut-il se renouveler en termes de créativité alors qu’il est lui-même devenu le symbole d’un conservatisme non seulement sur le plan esthétique, mais dans ses modes de fonctionnement (relations hiérarchisées maîtres-disciples, codes de comportement entre artistes et galeries, rôle des grands magasins dans les ventes d’œuvres, etc.). Nous verrons que si ses débouchés se situent principalement sur le marché intérieur, ses principes et ses techniques ont aussi inspiré de grands artistes très internationalisés.

Cléa Patin est Maître de Conférences dans le Département des Études japonaises à l’Université Jean Moulin Lyon 3, membre de l’Institut d’Asie Orientale et auteur de l’ouvrage La Fabrique de l’art au Japon : portrait sociologique d’un marché de l’art (CNRS éditions, 2016). Co-directrice de Japon pluriel 12 : autour de l’image, arts graphiques et culture visuelle au Japon (Picquier, 2018) et de Regards croisés : collections et collectionneurs en Asie orientale (2019), elle s’intéresse depuis sa thèse, soutenue à l’EHESS (prix Shibusawa Claudel 2013), au marché de l’art dans une perspective sociologique. Depuis trois ans, ses recherches portent aussi sur les industries musicales et la facture instrumentale au Japon, dans le cadre du Groupe de Recherche sur la Musique et les Cultures sonores en Asie.

Contact : weiwei.guo@univ-lyon2.fr

Migrations trans-empires : le cas des karayuki-san, migrants japonais en Indochine française, 1880-1920

Venant se greffer aux circulations maritimes transrégionales de matières premières en expansion au début des années 1880, une relation migratoire contemporaine à la présence coloniale française se met en place entre l’Indochine et le Japon. Ainsi, parmi les flux humains reliant le territoire indochinois à l’espace Asie-Pacifique, celui des Japonais connait un âge d’or entre les années 1880 et 1920. Durant cette période, les ports indochinois sont progressivement intégrés aux routes et réseaux de transit des populations japonaises en Asie du Sud-Est, et deviennent à la fois des lieux de passage mais aussi de fixation de ces populations.

Cette migration, non organisée par les colons français mais par des acteurs japonais, est structurée entre les ports du Kyûshû environnant Nagasaki et les ports Indochinois via Hong Kong. Ce phénomène s’inscrit dans ce que l’historiographie japonaise qualifie de karayuki san, c’est-à-dire le plus important mouvement migratoire outre-mer au Japon entre la fin des années 1850 et la fin du XIXe siècle. La destination de ces flux, premièrement limités aux ports de Hong Kong et Shanghai, s’étend progressivement vers les principaux ports d’Asie du Sud-Est avant de concerner tout l’espace Asie-Pacifique. Si les hommes font partie de ce mouvement, il est essentiellement constitué de femmes, destinées à travailler comme prostituées dans les grandes villes portuaires de la région.

Ainsi, le premier objectif de cette présentation est de voir comment les ports d’Indochine s’insèrent dans un réseau spécifique de circulations maritimes à l’échelle régionale des karayuki san.  Nous présenterons ces réseaux, les différents acteurs qui interviennent dans cette mise en relation des espaces que ce soit les intermédiaires à la migration – en réfléchissant à leur implantation locale et transnationale-, les compagnies maritimes et les acteurs institutionnels de la colonie (législation, contrôle). Les ports indochinois jouent également un rôle d’interface dans la gestion de la population des prostituées japonaises mettant en relation le réseau maritime régional et le réseau redistribuant à l’échelle du territoire colonial ces populations dans les différentes villes et autres lieux de présences européennes de l’Union. 

Ensuite, le second enjeu est de présenter ces migrants japonais comme un élément des villes indochinoises, à la fois comme acteurs de la société coloniale en interaction avec les autres membres de cette société, et comme un élément des représentations culturelles et sociales de celle-ci.

Frédéric Roustan est Maitre de conférences en histoire contemporaine de l’Asie à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheur à l’IAO. Ses recherches portent sur les représentations, interactions et connections entre les sociétés modernes et contemporaines du Japon et de l’Asie du Sud-Est au regard des migrations, notamment en considérant la notion de métissage au Japon.